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Avant que rien n'existe de tout l'univers actuel, Dieu qui n'a pas de
commencement est présent. Et il nous permet d'assister au déroulement de
son travail de création. Quand nous voulons fabriquer un objet quelconque,
nous avons d'abord besoin d'un certain matériel. Mais à Dieu il suffit de
parler pour que tout soit fait à partir de rien. Il dit, et voici que
surgissent le ciel, la terre, la lumière, les nuées, les mers, « le
sec », le firmament avec ses luminaires : le soleil, la lune, les
étoiles innombrables, l'infiniment grand et l'infiniment petit, la
prodigieuse variété des plantes et des animaux. Ce récit, à la fois
majestueux et simple, apporte une réponse définitive à la grande question
que les hommes, depuis toujours, n'ont cessé de se poser : « Qui
a mesuré les eaux... réglé les cieux... pesé les montagnes... ? Qui a créé
ces choses ? » (Es. 40. 12, 26, Prov. 30. 4). Oui,
qui a dessiné la forme parfaite des cristaux de neige, conçu
l'extraordinaire structure de l'insecte le plus ordinaire, choisi la
couleur et le parfum de la fleur la plus commune ? Héb. 1. 2, 3
nous donne la réponse : Jésus, l'auteur de notre salut, est également
le Créateur de toutes ces merveilles (voir aussi Prov. 8. 27 à 31).
Une pendule témoigne de l'habileté de l'horloger qui l'a construite. Ainsi
« les cieux racontent la gloire de Dieu, et l'étendue annonce
l'ouvrage de ses mains » (Ps. 19. 1). « Regardez aux
oiseaux du ciel... étudiez les lis des champs... », invite le Seigneur
Jésus (Matt. 6. 26, 28). Hélas ! combien restent aveugles à ces
beautés de la nature, ne savent pas y discerner « sa puissance
éternelle et sa divinité » (Rom. 1. 20). A ces versets si
clairs, les incrédules ont cherché à substituer leurs théories sur les
origines de l'univers et de la vie. Mais ne craignons pas de voir jamais
les spéculations de l'esprit humain ou les découvertes géologiques ébranler
la moindre des déclarations divines. Rappelons-nous que dans ce domaine ce
n'est pas la science qui peut instruire ni l'intelligence qui
peut comprendre. C'est la Parole qui instruit et la foi qui comprend
(lire Héb. 11. 3). Quel contraste maintenant avec le v.
2 ! Là où régnaient les ténèbres, Dieu a fait luire la
lumière. D'une scène de désolation, il a fait un monde
ordonné et habitable. Mais la terre est encore vide. Et « le Dieu qui
a formé la terre... ne l'a pas créée pour être vide », mais
« pour être habitée » (Es. 45. 18). Par un dernier acte
souverain il crée l'homme et le fait à son image, son représentant,
chef sur toute la création.
« En six jours l'Eternel a fait les cieux et la terre, et le septième
jour il s'est reposé, et a été rafraîchi » (Ex. 31. 17). Il est
lui-même réjoui de la joie qu'il a préparée à sa créature. Dans la
création, nous admirons la puissance de Dieu, capable de disposer des
milliards d'étoiles dans l'immensité des cieux, d'imposer des limites à la
mer, de contrôler les forces de la foudre et du vent, capable aussi de
former un homme avec un peu de poussière. Nous admirons également sa
sagesse qui a mesuré les temps et les saisons, déterminé un
équilibre de toute la nature, donné des lois aux plantes et des instincts
aux animaux (Ps. 104. 24). Mais admirons aussi sa bonté, il a
fait les cieux, étendu la terre sur les eaux, établi de grands
luminaires... « car sa bonté demeure à toujours » (Ps.
136). Avec la tendresse d'une mère qui a préparé d'avance tout ce qui
sera nécessaire à l'enfant qu'elle va mettre au monde, Dieu place l'homme
dans des conditions idéales, il l'installe dans un jardin de délices où il
pourra participer au repos de son Créateur. En soufflant dans ses narines
« une respiration de vie » (v. 7), Dieu en fait (à la
différence de la bête) une âme vivante et impérissable, responsable devant
Lui.
Dieu a placé l'homme au centre de sa belle création pour l'administrer
comme un gérant. Il ne lui a défendu qu'une chose : manger du fruit de
l'arbre de la connaissance. Cette mise à l'épreuve de son obéissance
correspond à sa position de créature responsable. L'homme n'est pas
comme l'animal soumis à des impulsions irraisonnées. Il est créé libre,
donc tenu d'obéir à son Créateur. Nous assistons au premier acte de
l'administration d'Adam : attribuer des noms aux êtres vivants.
Ceux-ci sont là pour servir l'homme, mais quel que soit leur degré
d'intelligence, aucun ne correspond à ses facultés supérieures, ni non plus
aux exigences de ses affections. Or la solitude ne convenait pas pour
l'homme : il lui fallait quelqu'un pour partager ses pensées, jouir
avec lui des dons divins, et rendre grâces avec lui à Celui qui les avait
accordés. L'amour de Dieu comprend ce besoin et y répond en donnant à
l'homme une femme, aide intelligente et douée d'affections comme lui.
En même temps nous avons là le mystère de l'Eglise, épouse d'un
Christ entré dans le sommeil de la mort et qu'il reçoit maintenant de la
main de Dieu pour la nourrir et la chérir (Eph. 5. 29... ).
« Ce mystère est grand », s'écrie l'apôtre : « nous
sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os ».
Le bonheur de l'homme en Eden aura été de courte durée. Sous la forme du
serpent, le diable s'introduit dans le jardin et capte la confiance de la
femme en même temps qu'il insinue dans son cœur la méfiance envers Dieu.
Celui-ci ne vous aime pas - souffle-t-il - puisqu'il vous prive d'un si
grand avantage. Non seulement vous ne mourrez point, mais « vous serez
comme Dieu » (v. 5). Le Menteur excite ainsi l'orgueil
et l'envie dans le pauvre cœur humain (lire en contraste Phil. 2.
6). « La convoitise, ayant conçu, enfante le péché... »
(Jacq. 1. 14, 15). L'homme a été trompé : la connaissance du
bien et du mal ne lui a donné aucune force pour faire le bien et pas
davantage pour éviter le mal. Son premier effet a été de lui donner
conscience de sa nudité : ce qu'il est par nature, un état dont il a
honte. Et la ceinture de feuilles de figuier qu'il s'est fabriquée ne fait
qu'illustrer les vains efforts de l'humanité pour cacher sa misère morale.
Mais « toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui
nous avons affaire » (Héb. 4. 13). « Où
es-tu ? » (v. 9). « As-tu mangé de
l'arbre ? » (v. 11). « Qu'est-ce que tu as
fait ? » (v. 13), autant de terribles questions qui
excluent les faux-fuyants et les excuses.
Dieu apprécie la responsabilité de chacun des coupables et rend sa triple
sentence. Au serpent est prédit le fait que « la descendance de la
femme » (Christ), brisera sa tête, autrement dit détruira sa
puissance. Aussitôt que le péché est entré dans le monde, Dieu fait ainsi
connaître le remède qu'il avait par devers lui. A la femme sont réservées
les souffrances de la maternité : quant à l'homme le travail pénible
sera son lot jusqu'à ce que s'accomplisse pour l'un comme pour l'autre la
sentence inéluctable « car le salaire du péché, c'est la mort »
(Rom. 5. 12 et 6. 23). La foi dans le Rédempteur annoncé permet à
Adam de répondre à cette condamnation à mort en appelant sa femme
Eve : vivre. A son tour, l'Eternel répond à cette foi en
remplaçant la ceinture des ressources de l'homme par des vêtements de peau
qui nous enseignent cette vérité capitale : la seule justice dont
l'homme puisse se parer est celle dont Dieu lui-même l'a revêtu. Mais, de
même que ce vêtement de peau était la dépouille d'une victime, la justice
dont Dieu couvre le pécheur est celle de Christ, l'Agneau mis à mort.
Combien il est consolant de constater que Dieu ne chasse pas l'homme du
jardin avant de lui avoir révélé ses pensées de grâce et de salut !
Dès l'enfance de l'humanité, deux races se dessinent. Caïn, premier
homme né sur la terre, est l'ancêtre de tous les propres justes. Satisfait
de lui-même et de ses œuvres, inconscient du péché et de ses
conséquences, il se présente devant Dieu avec le fruit de son propre
travail, fruit d'un sol maudit. Comment Dieu pourrait-il y avoir
égard ? Abel, le second homme, est le chef de la lignée de la
foi : il ouvre la liste d'honneur du ch. 11 des Hébreux (Héb. 11.
4). Le sacrifice qu'il offre est « plus excellent » que celui
de Caïn parce qu'il est présenté avec l'intelligence de la pensée de Dieu.
Après le péché de l'homme contre Dieu (ch. 3), nous avons ici
son péché contre son prochain. Caïn tue son frère. Et la Parole qui
discerne les pensées et les intentions du cœur met son motif à nu :
la jalousie. « Pour quelle raison le tua-t-il ? Parce que
ses œuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient
justes » (1 Jean 3. 12). Quand plus tard le Seigneur Jésus vint
sur la terre, les Juifs le mirent à mort pour le même motif. Sa perfection
faisait ressortir leurs propres mauvaises œuvres. Ils ont versé le sang
du vrai juste, et leur châtiment est aujourd'hui celui de Caïn : ils
sont dispersés et persécutés sur la terre.
Caïn, condamné à être errant et vagabond, cherche à éviter le sort que Dieu
lui a assigné et s'installe dans le monde d'une manière confortable. Il
construit une ville pour lui et ses descendants, et chacun y trouve une
occupation de son choix. Mais le « progrès social » ne corrige
pas la nature humaine. La race de Caïn ressemble à son chef. La violence et
l'esprit de provocation du premier meurtrier de l'histoire se retrouvent
chez son descendant Lémec. Ce tableau nous offre déjà un raccourci du monde
actuel qui a mis à mort Jésus, le vrai Abel. Tout continue comme si rien ne
s'était passé, comme si la croix n'avait pas eu lieu. On s'est organisé
pour vivre sur la terre le plus agréablement possible. Rien n'y
manque : sciences, arts, industrie et même religion. Jésus seul en est
presque toujours absent. Mais parallèlement à cette dynastie de Caïn,
une autre race fait discrètement son apparition à la fin du chapitre.
Seth prend la place d'Abel, et c'est alors qu'on commence à invoquer
le nom de l'Eternel. La vie du juste mis à mort se perpétue en figure dans
la lignée de la foi, nous montrant comment Christ, le second Homme, s'est
acquis une famille portant son nom, et vivant dans la crainte de
Dieu.
Après la faillite de la lignée de Caïn, c'est comme si Dieu reprenait
l'histoire de l'homme à son commencement (v. 1, 2). Nous avons ici
la succession des noms qui forment ce qui a été appelé « le fil d'or
de la foi » à travers les âges, celui qui conduira au Messie : la
« descendance de la femme » promise après la chute. Il n'est pas
question dans cette famille-là de beaucoup d'activité comme dans celle de
Caïn. Le passage de l'homme de Dieu sur la terre ne laisse guère de trace.
Il ne contribue pas beaucoup aux progrès du monde et l'histoire n'a pas
grand-chose à dire de lui. Il naît, sert humblement son Dieu, a des enfants
et meurt. Oui, la mort est là, conséquence du péché, et le bref
résumé de la longue vie de chacun de ces patriarches se termine par ces
mots inexorables : « et il mourut » (huit fois). Satan, le
menteur, avait affirmé : « vous ne mourrez point
certainement » (3. 4) mais Dieu a commandé : « tu
retourneras à la poussière » (3. 19), et ce chapitre 5 nous en
apporte une solennelle confirmation. Toutefois Adam et ses premiers
descendants ont atteint des âges records. De ce fait, avant l'existence de
l'écriture, la vérité se transmettra oralement par aussi peu
d'intermédiaires que possible (à peine sept entre Adam et Moïse).
Ce chapitre contient une exception étrange et remarquable à la loi de la
mort. Hénoc vit 65 ans, marche ensuite avec Dieu pendant 300 ans,
puis Dieu le prend. Aucun détail n'est donné ni sur cette marche avec Dieu
ni sur l'enlèvement qui en est en somme le dernier pas. Mais quel beau
résumé d'une vie ! Savons-nous ce que c'est que de marcher avec
Dieu, même pendant un seul jour d'une seule année ? Par sa marche qui
est celle de la foi, Hénoc a sa place dans la liste des brillants témoins
du ch. 11 des Hébreux (Héb. 11. 5). Son nom signifie
« instruit », et comme eux, enseigné par Dieu, au-delà des choses
présentes, il contemple par la foi le Seigneur venant régner « au
milieu de ses saintes myriades » (Jude 14). Cette vision le
maintient séparé de ceux qui vont être jugés. Bientôt comme Hénoc,
tous les croyants vivants seront enlevés de la terre sans passer par la
mort, quand selon sa promesse le Seigneur Jésus viendra chercher les siens
(1 Thess. 4. 17). Chacun de nos lecteurs est-il instruit de
cette vérité, bienheureuse pour ceux qui sont prêts, solennelle pour ceux
qui ne le sont pas ? Remarquons que Dieu n'envoie pas son
jugement sur le monde sans avoir d'abord donné des promesses de
bénédiction : Noé signifie consolation et repos
Pierre et Jude font l'un et l'autre allusion à ce temps d'avant le déluge
où des anges « n'ont pas gardé leur origine », et en subissent
les conséquences (2 Pier. 2. 4 ; Jude 6. 7). Les hommes
se sont multipliés sur la terre et avec eux le mal sous ses deux
formes : corruption et violence (v. 11). L'humanité est-elle
meilleure de nos jours ? Tout nous montre que non. Et l'Ecriture nous
prévient : « les hommes méchants... iront de mal en pis, (2.
Tim. 3. 13). Aujourd'hui comme alors, la gloire des hommes vaillants et
de renom (fin du v. 4) : héros, champions sportifs, vedettes...
, peut aller de pair avec la pire corruption. Or c'est au cœur des
hommes que l'Eternel regarde, non à leurs prouesses (1 Sam. 16. 7).
Le v. 5 nous fait connaître le résultat tragique de cet
examen : l'imagination de leurs pensées n'est que méchanceté en tout
temps. "Le cœur des fils des hommes est plein de mal, et la folie est
dans leur cœur", confirme le Prédicateur (Eccl. 9. 3 ; voir
aussi Jér. 17. 9). Alors l'Eternel se repent d'avoir
fait l'homme. Il va sans dire que Dieu ne fait jamais d'erreur. Mais la
méchanceté de l'homme l'oblige à changer de dispositions. Dieu décide
donc de faire disparaître sa créature de dessus la terre, à l'exception de
Noé, le seul qui marche avec lui.
Bien que Noé soit appelé un homme « juste »,
« parfait » par rapport à ceux de son temps (v. 9), ce
n'est pas son mérite, mais la grâce seule qui va l'épargner (v.
8). Le moment est venu pour Dieu de lui faire connaître ses pensées et
de lui donner ses instructions. Il est facile de se faire entendre et
comprendre de quelqu'un qui marche avec vous. A ces communications, Noé
répond par la foi. « Par la foi, Noé, étant averti divinement...
craignit et bâtit une arche pour la conservation de sa maison »
(Héb. 11. 7). Il n'a rien d'autre que la parole de Dieu pour lui
montrer que le jugement va venir. Mais elle lui suffit. Il bâtit l'arche et
par elle condamne le monde. Chaque coup de son marteau rappelle à
ses contemporains que le jugement approche. Et tant que dure la
construction, la patience de Dieu attend (1 Pier. 3. 20). Mais
combien en profitent ? En dehors de la famille du patriarche,
apparemment personne ! Aux fidèles avertissements du
« prédicateur de justice » n'ont répondu qu'indifférence et
moqueries. Aujourd'hui aussi, nombreux sont les moqueurs qui ne croient ni
au retour du Seigneur ni au jugement (2 Pier. 2. 5 ; 3. 3 à 6).
Ils ignorent volontairement ce que la Bible dit du déluge et
considèrent ce récit comme une légende.
Noé a obéi non seulement en construisant l'arche, mais en la faisant, dans
tous les détails, comme Dieu le lui avait commandé (ch. 6. 22). Il
obéit maintenant pour y entrer au moment où l'ordre lui en est donné
(v. 5). C'est dans l'obéissance à Dieu qu'est notre sûreté. Noé,
homme pieux, va faire littéralement l'expérience du Ps. 32. 6.
Le v. 16 nous rappelle qu'une autre porte, celle de la grâce, est
encore ouverte aujourd'hui, mais pour combien de temps ? « Et
la porte fut fermée » annonce solennellement Matt. 25. 10.
Lecteur, de quel côté de cette porte serez-vous ? Dedans, avec
Jésus et les siens ? Ou dehors avec tous ceux qui frapperont en
vain et auxquels le Seigneur devra répondre : « le ne vous
connais pas » (Luc 13. 27) ? Remarquons que c'est par
l'Eternel lui-même que la porte de l'arche est fermée sur Noé, les
siens et tous les animaux. Noé ne pouvait plus l'ouvrir à qui que ce soit
même s'il l'avait voulu. Maintenant que Dieu a fourni un moyen de salut,
mis les siens à l'abri, fermé la porte de l'arche, il peut ouvrir les
écluses des cieux. Sous l'angle prophétique, Noé et sa famille
représentent le résidu d'Israël. Après l'enlèvement de l'Eglise représenté
par celui d'Hénoc, il traversera sain et sauf la grande tribulation finale
et sera introduit dans le monde nouveau du millenium.
La longue patience de Dieu a pris fin. Les flots de son jugement se
déversent sur la terre. A part l'arche qui se construisait, rien ne le
laissait prévoir. Tout semblait aller pour le mieux. Le monde continuait
son train joyeux. On mangeait et on buvait, on se mariait et on donnait en
mariage. « Ils ne connurent rien - dit le Seigneur - jusqu'à ce que le
déluge vint et les emporta tous » (voir Matt. 24. 37 à 39). Un
sort aussi terrible que subit atteint tous ceux qui étaient restés sourds
aux appels de la grâce. Et ce récit consigné dans la Parole de Dieu
constitue de la bouche même du Seigneur Jésus, le plus solennel des
avertissements pour se mettre en règle avec Dieu. Chacun aujourd'hui est
invité à prendre place dans l'arche, autrement dit à trouver en Christ un
abri contre la colère de Dieu. Mais si nous possédons en lui cette place de
parfaite sécurité, n'oublions jamais que lui a traversé à notre place les
eaux terribles du jugement divin. « Toutes tes vagues et tes flots ont
passé sur moi » (Ps. 42. 7). Au milieu de ce cataclysme
qui n'a jamais eu son égal, Noé et les siens jouissent d'une paix parfaite.
Que les eaux se renforcent ou qu'elles diminuent, l'arche ne fera pas
naufrage... ni non plus le croyant qui demeure en Christ.
Sans moyen de propulsion et sans gouvernail, l'arche que Dieu conduit d'une
main sûre s'est posée sur les montagnes d'Ararat, il semble que Noé
pourrait sortir. Mais il attend, et bien des jours s'écoulent encore.
Entré dans l'arche au commandement de Dieu, il ne va en sortir
que sur un autre ordre divin. La colombe qui ne peut se poser nulle
part et retourne à l'arche est une image de l'Esprit de Dieu qui n'a pas sa
place dans un monde jugé. Mais lorsque Jésus paraîtra, l'Esprit
pourra enfin se poser sur lui sous cette forme pure d'une colombe (Matt.
3. 16). Et il en est ainsi aujourd'hui du croyant, possédant le Saint
Esprit : il ne trouve dans ce monde aucune nourriture, rien pour
satisfaire son cœur. Au contraire, l'homme naturel s'y trouve à l'aise, à
l'image du corbeau, oiseau impur selon Lév. 11. 15 qui se nourrit de
chair corrompue. Noé sort enfin de l'arche au commandement de
l'Eternel. La première chose qu'il fait est d'offrir un sacrifice. Dieu a
les premiers droits sur cette terre lavée de sa souillure, et il en monte
vers lui une odeur agréable. N'avons-nous pas, nous aussi,
connu souvent dans notre vie de petites ou de grandes délivrances ? Ne
manquons jamais de rendre grâces ! Et en premier lieu pour
« un si grand salut » (Héb. 2. 3).
La terre a été balayée des conséquences du péché. Mais la source du mal est
toujours là, dans ce cœur humain que toute l'eau du déluge ne
pouvait nettoyer. Dieu bénit le patriarche et sa famille, et leur
confie le gouvernement de la terre. Comment les descendants de Noé
répondront-ils à cette divine bonté ? De la même manière que Caïn au
ch. 4 : par du sang versé ! Dieu l'annonce :
la violence reparaîtra. Oui, le sang du Fils de Dieu lui-même sera versé,
et ce sera ce sang qui seul pourra laver le cœur humain. La terre
est livrée à l'homme qui depuis y domine durement. Sous son joug
« toute la création ensemble soupire et est en travail jusqu'à
maintenant » (Rom. 8. 22). Comme signe de son alliance
Dieu donne l'arc dans la nuée. Son apparition au moment d'une averse
est aujourd'hui encore une marque de sa grâce, un rappel de la promesse du
v. 15. Dans le sens spirituel, il en est ainsi pour le
chrétien. A travers tous les orages d'ici-bas, il a le privilège de lever
les yeux de la foi vers un Dieu fidèle à ses promesses. La présence de
Christ à Sa droite (Héb. 9. 12 ; 10. 12), parlant mieux que
l'arc, est le constant rappel qu'un jugement plus terrible que le déluge
est à jamais passé pour l'enfant de Dieu.
Les plus belles expériences de la puissance et de l'amour de Dieu n'ont pas
le pouvoir de rendre l'homme meilleur (ch. 8. 21). Etabli pour
gouverner la terre, Noé donne la preuve qu'il ne sait pas se gouverner
lui-même. Cham « qui se moque d'un père » (Prov. 30. 17)
et s'amuse du péché, comme fait le monde aujourd'hui, attire la malédiction
sur ses descendants les Cananéens. Nous verrons qu'en effet
plusieurs nations issues de Cham et mentionnées dans ce chapitre
deviendront les ennemies du peuple de Dieu : Babylone (Shinhar),
l'Egypte (Mitsraïm), Ninive, les Philistins et les Cananéens dont le pays
sera donné en possession à Israël. Sem et Japheth ont honoré leur père et
prospéreront sur la terre (Eph. 6. 2, 3). Ce ch. 10
révèle l'origine des nations du monde (lire Deut. 32. 8). Pour
connaître et apprécier une chose sous son vrai caractère, il faut remonter
à sa source. Babel (Babylone) et Assur (l'Assyrie) ont comme point de
départ le royaume de Nimrod. Le nom de cet homme signifie « le
rebelle », ce que confirment ses actes. Avec lui nous voyons l'homme
commencer à saccager la terre, y faisant régner la peur et la souffrance en
tuant, pour son plaisir et pour affirmer sa puissance, les animaux que Dieu
avait donnés pour sa nourriture (ch. 9. 3).
Nous assistons ici à la fondation de Babel (ou Babylone) qui, à travers
toute l'Ecriture, représente le monde avec son orgueil et sa convoitise.
Nous y discernons aussi déjà les prétentions à l'unité qui seront
celles de la Babylone religieuse, la fausse Eglise d'Apoc. 17 et 18.
L'homme veut tenir tête à Dieu en unissant ses forces, travailler à sa
propre gloire. « Faisons-nous un nom... » (contraste avec Ps.
148. 13). Mais voyez en une autre occasion la réponse de Dieu à la
provocation ridicule des hommes assemblés contre lui : « Celui
qui habite dans les cieux se rira d'eux, le Seigneur s'en moquera »
(Ps. 2. 4 ; voir aussi Es. 8. 9). L'Eternel confond le
langage des hommes de Babel et les disperse (v. 7, 8). En
contraste, le Nouveau Testament nous présente « l'Assemblée du Dieu
vivant », fondée par Christ et formée par le Saint Esprit (1 Tim.
3. 15 ; Matt. 16. 18). A la Pentecôte, des langues furent
données aux apôtres pour faire entendre en grâce à toutes les nations jadis
dispersées « les choses magnifiques de Dieu » (Act. 2.
11). Et dans le ch. 5 de l'Apocalypse la foule des rachetés qui entoure
le trône de l'Agneau est composée « de toute tribu et langue et peuple
et nation » (Apoc. 5. 9). Les v. 10 à 26
établissent la lignée de Sem que nous retrouvons dans la généalogie du
Seigneur Jésus (Luc 3. 3 5).
En ces temps d'après le déluge, l'idolâtrie a fait d'effrayants progrès
(lire Jos. 24. 2). Dieu laisse cette fois le mal suivre son cours,
mais il appelle un homme à s'en séparer. « Par la foi, Abraham,
étant appelé, obéit... , et il s'en alla, ne sachant où il
allait » (Héb. 11. 8). « Abraham partait les yeux fermés,
mais le Dieu de gloire le conduisait par la main » (J. G. B. ).
(Act. 7. 2). L'ordre de Dieu, accompagné d'une septuple promesse
(v. 2, 3), lui suffit pour se mettre en route. L'obéissance nous est
naturellement contraire, même quand nous connaissons la raison de ce qui
nous est demandé. Mais pour obéir sans comprendre, partir sans
connaître sa destination, il faut la foi, autrement dit une entière
confiance en celui qui a donné l'ordre. Abraham est dans l'Ecriture
le modèle de la foi. Ce qui caractérise celle-ci, c'est l'abandon de choses
visibles pour un but invisible (2 Cor. 4. 18). En contraste avec les
bâtisseurs de villes sur la terre (Caïn, les hommes de Babel... ), Abraham
porte ses regards vers la Cité céleste « de laquelle Dieu est
l'architecte et le créateur » (Héb. 11. 10). Et cette attente
fait de lui un étranger sur la terre. Il n'aura dorénavant que sa tente
et son autel (v. 8), témoignant de ce double caractère de
pèlerin et d'adorateur qui est celui de l'homme de foi dans tous les temps.
Abram est entré au pays de Canaan avec Lot son neveu. Mais la famine
survient et, sans attendre cette fois les instructions divines, le
patriarche descend en Egypte. Voyez à quoi aboutit ce manque de
dépendance : il renie sa femme et se place par son mensonge dans une
situation critique. Par cette triste page de son histoire, nous apprenons
de quoi est capable le croyant le plus pieux quand il quitte la place où
Dieu l'a mis. Il peut être amené à renier sa relation avec le Seigneur.
Pierre en fit la pénible expérience. Ayant recherché la compagnie des
ennemis de son Maître, il avait perdu tout courage pour confesser son nom
(Matt. 26. 69... ). Et nous, rachetés du Seigneur, n'avons-nous pas
quelquefois honte de dire que nous lui appartenons ? (comp. 2 Tim.
2. 12, 13). Désastreuse pour l'homme de Dieu, son attitude
équivoque est-elle au moins profitable au monde ? Même pas ! La
présence de Saraï dans le palais du Pharaon n'attire que des plaies sur ce
dernier et sur son peuple. Après que le monde lui a jeté un
« va-t'en » bien différent de celui que lui avait commandé
l'Eternel au ch. 12. 1, Abram revient en Canaan à son point de
départ, il retrouve l'autel, autrement dit les relations avec Dieu dont il
n'avait pu jouir pendant son séjour en Egypte.
Le temps qu'Abram a passé en Egypte a été du temps perdu et les richesses
qu'il y a acquises deviennent une cause de soucis pour lui. Ce sont elles
qui amènent la séparation d'avec Lot. Des querelles entre
« frères » se produisent en présence des habitants cananéens du
pays (v. 7), ce qui est particulièrement fâcheux pour le témoignage
(lire 1 Cor. 6. 6, Jean 13. 35). Abram laisse à Lot le choix
du lieu où il ira. Quel esprit de douceur et de renoncement il montre
là ! Puissions-nous l'imiter chaque fois que nous sommes portés à
faire valoir nos droits ! Lot choisit ce qui lui plaît, ce qui attire
son cœur mondain (et la plaine du Jourdain ressemble à l'Egypte - v.
10). Tandis qu'Abram laisse en fait l'Eternel décider à sa
place (Ps. 47. 4). Or Dieu ne déçoit jamais ceux qui se confient en
lui. « Nos pères... se sont confiés en toi, et ils n'ont pas été
confus » (Ps. 22. 4, 5). En effet la possession du pays de la
promesse est à présent confirmée à Abram. Dieu lui dit : « Lève
tes yeux » (v. 14), puis : « Lève-toi, et
promène-toi » (v. 17). Canaan est pour nous une figure du ciel
que Dieu nous invite non seulement à contempler mais à parcourir par la
foi. Et comment arpenterons-nous « en long et en large » le
domaine céleste ? En sondant et en méditant les merveilles de la
Parole.
En contraste avec Abram l'homme de foi, Lot est l'exemple d'un croyant
marchant par la vue. Il avait longtemps suivi son oncle par imitation -
comme font beaucoup de jeunes en s'appuyant sur la foi de leurs parents ou
de leurs aînés. Mis à l'épreuve, Lot a manifesté ce qu'il y a dans son
cœur. Après s'être peu à peu approché de Sodome (ch. 13. 12), il y
habite à présent (v. 12). Une fois engagé volontairement sur un
chemin glissant, on n'est plus maître de s'arrêter. Comme conséquence de
cette fausse position, il est mêlé à une guerre qui ne le concerne pas et
se retrouve prisonnier avec les habitants de Sodome. La fréquentation de
personnes qui ne craignent pas Dieu expose un enfant de Dieu à perdre sa
liberté et de plus une telle compagnie sera toujours une cause de
difficultés et d'inquiétude pour son âme. 2 Pier. 2. 8 fait état de
ces tourments de conscience quotidiens qui, pour Lot et pour tout croyant
mondain, résultent inévitablement d'une marche double. En proie à ces
conflits intérieurs et extérieurs, un tel homme ne peut qu'être malheureux.
Au contraire Abram, sur la montagne, ignore ces complications. Il est
étranger au monde et à tout ce qui l'agite. Ressemblons-nous à Lot ou à
Abram ?
Jusqu'ici Abram s'est abstenu d'intervenir et de prendre parti dans un
conflit qui ne le concerne pas (Prov. 26. 17). Mais sitôt qu'il
apprend que son neveu a été fait prisonnier, rien ne l'arrête pour lui
porter secours. Il aurait pu invoquer, pour rester neutre, la faiblesse de
ses moyens en face d'une coalition de rois victorieux ou, le fait que Lot
avait mérité ce qui lui arrivait. Non, son amour pour son
« frère », sa foi, sa persévérance, remportent la victoire et
délivrent le captif. Mais voici un adversaire plus dangereux que les quatre
rois, bien qu'il ait été vaincu. C'est le roi de Sodome. Il s'approche, et
par ce qu'il offre voudrait faire d'Abram son obligé. Car il suppose que
celui-ci, comme la plupart des hommes, est attiré par les biens terrestres.
Dieu veille sur son serviteur, et pour le fortifier, il lui envoie juste
avant cette rencontre un mystérieux visiteur : Melchisédec. Roi
lui aussi, en même temps que sacrificateur, il est une figure du Seigneur
Jésus (Héb. 7. 1 à 10). Nourri et béni par Melchisédec, Abram refuse
fermement les propositions du roi de Sodome. Un cœur rassasié par Christ
est le secret pour résister aux offres de Satan. Lot au contraire ne
tiendra aucun compte de la leçon divine, il retournera habiter Sodome et y
fera une expérience plus tragique encore.
En repoussant les offres du roi de Sodome, Abram n'a rien perdu. Au
contraire ! L'Eternel lui apparaît et lui déclare : « je
suis ta très grande récompense ». Il ne lui dit pas ce qu'il veut lui
donner, mais ce qu'il veut être pour lui. Posséder le
donateur, c'est plus que posséder ses dons. La foi d'Abram s'empare de la
promesse que Dieu lui fait d'une semence céleste. Il donne « gloire à
Dieu en étant pleinement persuadé que ce qu'il a promis, il est puissant
aussi pour l'accomplir » (Rom. 4. 21). Croire Dieu (et
pas seulement croire en Dieu) suffit pour être rendu juste (v. 6).
Ce verset capital est cité trois fois dans le Nouveau Testament (Rom. 4.
3 ; Gal. 3. 6 ; Jacq. 2. 23). L'Eternel
s'étant ainsi engagé, l'alliance doit être scellée par des sacrifices
(v. 9, 10). La mort de Christ est le seul moyen par lequel Dieu peut
accomplir ce qu'il a promis. Des oiseaux de proie cherchent à s'emparer des
pièces des animaux : image des efforts de Satan pour nous ravir
quelque résultat de la mort de Christ. Mais notre foi, comme celle d'Abram,
doit être active pour l'éloigner. La fin du chapitre montre que
l'homme de Dieu a maintenant acquis une vue beaucoup plus étendue de
l'héritage promis. Il en est toujours ainsi après que la foi a été mise à
l'épreuve.
Après de si belles preuves de la foi d'Abram, nous trouvons une nouvelle
défaillance dans la vie du patriarche. Au lieu d'attendre avec patience que
lui soit donné le fils annoncé, il écoute Saraï sa femme. Et Agar la
servante, probablement ramenée d'Egypte après le premier manquement
d'Abram, va devenir la mère d'Ismaël. Après avoir été le sujet de
tristes querelles dans la maison de l'homme de Dieu, Agar s'enfuit loin de
sa maîtresse. Mais l'Eternel prend soin de la pauvre servante. Il la
rencontre sur son chemin qui l'éloigne et devient pour elle le Dieu qui
se révèle (v. 13). Dans l'Ange de l'Eternel, il nous est permis
de reconnaître le Seigneur Jésus lui-même. Chacun de nous a-t-il fait cette
rencontre décisive ? Dieu s'est-il révélé à vous comme étant
vivant ? C'est en Christ qu'il s'est fait connaître
(Jean 8. 19 ; 2 Cor. 4. 6). Et c'est auprès de ce
Sauveur vivant que nous trouvons en abondance l'eau vive de la grâce dont
nous parle le puits de Lakhaï-roï (Jean 4. 14). Remarquons ce que
l'Ange dit à Agar : « Retourne vers ta maîtresse et
humilie-toi... » (v. 9). L'humiliation, la confession
de nos fautes est la première chose que le Seigneur nous demande quand il
s'est fait connaître à notre âme.
L'Eternel apparaît de nouveau à Abram, renouvelle sa promesse d'une
innombrable descendance, et change son nom en Abraham. Un changement
de nom dans la Bible est le signe d'une nouvelle relation avec celui qui le
donne. Ici notre patriarche n'est plus seulement l'homme de foi, mais le
père de tous les hommes de foi (Rom. 4. 11). En lui donnant
ce nom : « père d'une multitude », Dieu pensait déjà avec
intérêt et amour à cette multitude de croyants dont Abraham serait
considéré comme le chef de race et dont nous espérons que font partie tous
nos lecteurs. Et à travers les rois qui descendront d'Abraham (v.
6), Dieu voyait par avance le « Fils de David », le Roi qu'il
destinait à Israël et au monde. C'est par la généalogie de Jésus Christ,
fils de David, fils d'Abraham que commence le Nouveau Testament.
En même temps qu'un nom, Dieu donne à Abraham un autre signe :
celui de la circoncision, qui correspond dans une certaine mesure au
baptême aujourd'hui et représente à la fois la mise à part pour Dieu
et l'absence de confiance dans la chair (Phil. 3. 3). La fin du
chapitre nous montre Sara recevant elle aussi son nouveau nom, Isaac
annoncé, puis Abraham obéissant à l'ordre que Dieu lui a donné.
Dieu fait à Abraham l'honneur de l'appeler son ami (2 Chr. 20.
7 ; Es. 41. 8 ; Jacq. 2. 23). A ce titre, il
lui rend visite et veut le mettre au courant de ses intentions, soit à son
sujet (v. 9 à 15), soit au sujet du monde (v. 20, 21, voir
Jean 15. 15). Le patriarche y répond par une liberté confiante qui
n'exclut pas le plus profond respect. L'empressement joyeux avec lequel il
reçoit ses invités venus du ciel révèle l'état de son cœur : il
connaît son Dieu, il a goûté que le Seigneur est bon (1 Pier. 2. 3).
Le Nouveau Testament mentionne quelques personnes qui ont eu le privilège
de recevoir le Seigneur Jésus dans leur maison : Lévi, Marthe,
Zachée... (Luc 5. 29 ; 10. 38 ; 19. 6). Et il nous apprend
à quelle condition nous pourrons aussi jouir de la même intimité.
L'obéissance à la parole du Seigneur est la clé qui Lui ouvre notre
cœur (Jean 14. 23). Modèle pour la communion, Abraham l'est aussi
pour l'exercice de l'hospitalité. Le chrétien est appelé à la
pratiquer sans murmures (1 Pier. 4. 9 ; Rom. 12.
13 ; Héb. 13. 2... ). Quelle bonne nouvelle attend Abraham
et Sara : l'annonce de l'héritier ardemment désiré ! Sara doute
et rit. Pour nous c'est l'occasion d'entendre une affirmation
magnifique : « Y a-t-il quelque chose qui soit trop difficile
pour l'Eternel ? » (v. 14).
« Le secret de l'Eternel est pour ceux qui le craignent... »
(Ps. 25. 14 ; lire aussi Amos 3. 7). Abraham est de
ceux-là. « Je le connais », peut dire l'Eternel, « lui
cacherai-je ce que je vais faire ? » L'intelligence des pensées
de Dieu est inséparable d'une marche fidèle. Dieu sait que le seul
effet de ses communications sera de produire dans le cœur de l'homme de
Dieu des sentiments identiques aux siens : la compassion, le désir
d'arracher ceux qu'il aime au jugement épouvantable. Chers amis chrétiens,
nous connaissons par la parole de Dieu la condamnation du monde et
l'imminence de son jugement, sommes-nous animés des mêmes sentiments en
pensant au sort terrible d'âmes innombrables perdues pour l'éternité ?
Chacun de nous a dans sa famille, parmi ses camarades ou collègues de
travail, des personnes inconverties. Que pouvons-nous faire pour
elles ? Sans doute les avertir, mais aussi intercéder comme Abraham le
fait avec insistance pour Sodome dans laquelle se trouve Lot son frère.
(comp. Jér. 5. 1). 1 Tim. 2 nous invite à faire des
supplications pour tous les hommes en nous adressant à Celui que nous
connaissons par expérience sous le beau nom de « notre Dieu
Sauveur » qui « veut que tous les hommes soient
sauvés »
Quel contraste entre l'heureuse visite que les anges ont rendue à Abraham
sur l'heure de midi et leur pénible mission à Sodome le soir du même
jour ! Et quelles réticences pour accepter l'invitation de Lot, si
empressée soit-elle (v. 2) ! Comment auraient-ils communion
avec ce croyant dans une position fausse ? Ils n'entrent chez lui que
pour le protéger et le délivrer. D'ailleurs Lot lui-même n'a jamais été à
l'aise dans cette ville dépravée. Nous ne l'aurions pas su si le Nouveau
Testament ne nous l'avait pas révélé. Mais Dieu qui connaît les cœurs
tient à nous dire que Lot était un juste et que, loin de prendre son
parti du mal, il était de jour en jour « accablé par la conduite
débauchée de ces hommes pervers » (2 Pier. 2. 7 et 8).
Perversité que les hommes de Sodome n'ont pas honte d'étaler au cours de
cette nuit dramatique (comp. Es. 3. 9). En sorte que l'Eternel qui
avait dit « sinon - si ce n'est pas vrai - je le saurai »
(ch. 18. 21), n'a plus besoin d'autre preuve puisque ces hommes
témoignent contre eux-mêmes. Lot n'est pas pris au sérieux même par
ses gendres. Quand un croyant a, pendant un temps, marché avec le monde, il
n'a plus aucune autorité ensuite pour lui parler de jugement. On ne
l'écoute pas.
La délivrance de Lot vient répondre à la prière d'Abraham au chapitre
précédent. Celui-ci avait cru que pour sauver son frère il était nécessaire
que Sodome soit épargnée de la destruction. Or Dieu ne répond pas toujours
de la manière que nous avions pensé. Mais il répond.
Hélas ! le cœur de Lot s'est profondément attaché à tout ce
qu'il doit maintenant laisser derrière lui ; il tarde à partir. Les
anges sont obligés de l'entraîner de force avec sa femme et ses deux
filles. Chers rachetés du Seigneur, posons-nous la question : S'il
nous fallait partir aujourd'hui pour le ciel, serait-ce avec joie ? Ou
bien aurions-nous comme Lot du regret à quitter toutes les choses d'ici-bas
auxquelles nos cœurs sont attachés ? Sodome et Gomorrhe sont
« réduites en cendres », solennel exemple de ce qui attend les
impies (2 Pier. 2. 6 ; Jude 7). Quant à la femme de Lot,
elle aussi demeure dans la Parole comme un monument, un signal, pour nous
avertir de ce qu'il en coûte de lier son sort à un monde condamné. Cette
femme avait longtemps partagé extérieurement la vie du peuple de Dieu. Mais
elle n'en faisait pas partie. Le monde était dans son cœur et elle a péri
avec lui. Quant à Lot lui-même, sa fin sera honteuse et sa descendance
maudite.
Une seconde fois Abraham renie sa femme et mérite les reproches du monde
(voir ch. 12). Il est souvent nécessaire que Dieu répète ses leçons
jusqu'à ce qu'un mal soit jugé dans sa racine et confessé. Ici c'était un
demi mensonge (v. 12, 13). Il est sérieux et instructif pour nous de
voir un homme privilégié, jouissant avec Dieu d'une si grande intimité,
perdre conscience de sa relation et manquer quant au témoignage. Le
manquement d'un homme pieux s'aggrave du poids de cette piété. Ecoutons les
tristes paroles d'Abraham à Abimélec : « Dieu m'a fait errer loin
de la maison de mon père... » (v. 13). Pauvre langage pour un
croyant ! Est-ce tout ce qu'il sait dire de l'appel du « Dieu de
gloire » vers la cité céleste ? A fréquenter les gens du monde,
un croyant en arrive à parler comme eux. Mais même pendant le temps où Dieu
apprend aux siens une leçon nécessaire, il continue à veiller tendrement
sur eux. « Il ne permit à personne de les opprimer et il reprit des
rois à cause d'eux, disant : Ne touchez pas à mes oints... »
(Ps. 105. 14). L'Eternel maintient Abraham en dignité comme son
représentant, le prophète qui parle en son nom (v. 7) et
l'intercesseur dont il exauce les prières (v. 17).
La promesse de Dieu s'accomplit. « Au temps fixé » naît Isaac
qui représente Christ sous ses caractères de Fils et d'Héritier
(Gal. 4. 4). Après le rire incrédule d'Abraham (ch. 17.
17) et de Sara (ch. 18. 12), puis le rire joyeux et
reconnaissant de cette dernière, qui devient le nom même d'Isaac (v. 3
et 6), nous entendons le rire moqueur d'Ismaël (v. 9),
figure de l'homme « selon la chair » qui ne peut rien comprendre
aux conseils de Dieu accomplis en Christ. Ismaël, le fils de la servante,
représente l'homme sous la servitude de la loi, n'ayant aucun droit aux
promesses ni à l'héritage. Ce que fait Sara paraît dur : Abraham
trouve cela mauvais. Mais Dieu l'approuve, voulant montrer ainsi en figure
que l'héritage appartient à Christ seul et que, sur le principe des
œuvres, l'homme n'y possède aucune part. Comme l'explique l'épître aux
Galates, les croyants sont « enfants de la promesse ». Ayant reçu
l'adoption, ils ne sont plus esclaves mais fils, et par conséquent
héritiers (Gal. 4. 6, 7 et 28). La grâce agit pourtant envers
Agar et son fils. Quand l'eau de l'outre, symbole des ressources humaines,
est épuisée, le Vivant qui s'était révélé à elle au ch.
16 renouvelle sa délivrance. Il est celui qui entend même la voix d'un
enfant (v. 17).
Au ch. 20, les rapports d'Abraham avec Abimélec avaient été des plus
fâcheux. Le patriarche avait encouru un blâme sévère et justifié de la part
du roi de Guérar. Mais maintenant leurs relations reprennent sur un tout
nouveau plan. Nous avons ici en figure la suprématie future d'Israël au
temps où les nations diront : « nous irons avec vous, car nous
avons entendu dire que Dieu est avec vous » (Zach. 8. 23).
« Dieu est avec toi en tout ce que tu fais », constate le roi
philistin (v. 22). Et il recherche l'alliance de l'homme de Dieu.
Aussi, à présent, est-ce ce dernier qui reprend Abimélec avec l'autorité
morale que lui confère sa relation avec « le Dieu d'éternité »
(v. 33). Il lui montre à cette occasion combien il tient à ce
puits dans le désert que les serviteurs d'Abimélec avaient voulu lui
ravir. N'est-ce pas pour nous une figure de la Parole dont l'eau
doit chaque jour rafraîchir nos âmes ? Si notre compagnie est
recherchée par certains, montrons-leur le plus tôt possible la valeur qu'a
pour nous cette Parole de notre Dieu. Ceux d'entre eux qui ont soif de
vérité, de paix, de joie, seront conduits à les chercher dans ce précieux
Livre, s'ils voient que c'est là que nous les puisons.
Nous savons que cette scène est une image de la croix. Qui est le
Fils, l'Unique, celui que le Père aime, sinon le Seigneur Jésus ? Il
devait être offert en holocauste. Le lieu est vu de loin dans les
conseils éternels de Dieu. C'est le mont Morija où plus tard David offrira
le sacrifice expiatoire et où le temple sera bâti (2 Chr. 3. 1). Ce
lieu du sacrifice est bien en même temps celui de l'adoration (v.
5). Que de motifs nous trouvons là pour adorer et le Père et le Fils,
allant les deux ensemble, autrement dit n'ayant qu'une seule et même
pensée pour accomplir l'œuvre du salut ! L'obéissance d'Isaac nous
fait souvenir de celle du Seigneur à Gethsémané : « Non pas ce
que je veux, moi, mais ce que tu veux, toi ! » (Marc 14.
36). Mais en contraste avec Isaac qui s'est simplement soumis, le Fils
s'est présenté de lui-même : « Voici, je viens pour faire ta
volonté » (Héb. 10. 9). En contraste encore avec Isaac qui ne
savait pas ce que son père allait faire, il nous est dit :
« Jésus... sachant toutes les choses qui devaient lui arriver,
s'avança... » (Jean 18. 4). En contraste enfin avec le cri de
l'Ange qui arrêta la main d'Abraham, aucune voix ne se fit entendre à
Golgotha pour détourner l'épée qui devait frapper le Fils de Dieu.
Dieu s'est pourvu d'un Agneau pour l'holocauste. Quand le Seigneur Jésus
est apparu au milieu du peuple sur les bords du Jourdain, Jean le Baptiseur
s'est écrié : « Voilà l'Agneau de Dieu » (Jean 1.
29). Il était la réponse divine à tous les péchés qui venaient d'être
confessés. De sorte que le grand mystère dont nous avons une ombre dans ce
chapitre est maintenant révélé. Et quelle assurance ce
« Jéhovah-Jiré » continue d'apporter à tous ceux qui sont
tourmentés par le fardeau de leurs péchés ! En figure
Isaac est ressuscité (Héb. 11. 19) ; Christ l'est en
réalité avec toutes les conséquences pour lui et pour nous. Il va
recevoir une épouse. C'est pour cette raison que Rebecca est nommée au
v. 23. Et nous recevrons les bénédictions célestes dont nous avons
l'image dans les v. 17 et 18. La foi d'Abraham a été montrée
par cette œuvre (Jacq. 2. 21). L'épreuve fait la preuve, dit-on.
Dieu connaissait son cœur et savait qu'il possédait cette foi, mais il
fallait que celle-ci soit rendue publique. En ce qui nous concerne, si nous
avons pu confesser : « je crois au Seigneur Jésus », nous
aurons tôt ou tard l'occasion de le montrer. Les épreuves des
chrétiens n'ont souvent pas d'autre but que de mettre en évidence la
réalité de la foi qui est en eux.
Un sépulcre est tout ce qu'Abraham possédera de ce pays de Canaan qui
pourtant lui est promis. En achetant le champ et la caverne de Macpéla pour
ensevelir Sara, l'homme de Dieu confirme sa ferme attente de la
résurrection. Pour lui Sara vit d'une vie divine. Il faut s'assurer tous
les droits sur le lieu où sera déposé son corps qui doit ressusciter. Le
plein prix payé pour la caverne et pour le champ nous fait penser aux
droits définitivement acquis par la croix de Christ, la mort vaincue, la
certitude de la prochaine résurrection de tous les croyants. Pas plus
qu'au ch. 14 où nous l'avons vu refuser les propositions du roi de
Sodome, Abraham n'entend être redevable à qui que ce soit. Il insiste pour
acquitter l'entière valeur du champ, sans marchander. Un chrétien se fait
reconnaître dans tous ses rapports avec les gens du monde par sa correction
et sa parfaite honnêteté. Il est exhorté par le Nouveau Testament à ne rien
devoir à personne (donc à ne pas faire de dettes - Rom. 13. 8), à
« marcher honorablement envers ceux de dehors » (1 Thess. 4.
12), enfin à « veiller à ce qui est honnête, non seulement devant
le Seigneur, mais aussi devant les hommes » (2 Cor. 8.
21 ; voir aussi Rom. 12. 17).
La mort de Sara suggère la mise de côté d'Israël (peuple dont est issu le
vrai Isaac), après la résurrection du Seigneur (ch. 22). Pour
assurer la descendance de la promesse, Abraham, le « père d'une
multitude » a un grand dessein dont l'accomplissement va nous être
raconté tout au long : celui de donner une épouse à son
fils. Mais une troisième personne intervient alors : le serviteur
le plus ancien de sa maison, son intendant, frappante figure du Saint
Esprit envoyé sur la terre afin d'y rassembler ceux qui constitueront
l'Eglise, l'Epouse de Christ. Ainsi le Père, le Fils, le Saint Esprit qui
ont travaillé ensemble à l'œuvre de la Création, ont aussi une activité
commune dans le choix, l'appel et le rassemblement des rachetés unis à
Christ ressuscité. Cette épouse sera cherchée en pays lointain. C'est parmi
« ceux qui étaient loin » que Dieu a choisi et appelé des
compagnons pour son Fils (Eph. 2. 13). Quel modèle de
dépendance nous avons dans ce serviteur d'Abraham ! Dans la maison de
son maître, il a appris à connaître l'Eternel à qui il a affaire à présent
personnellement. Il dispose sa prière devant lui (Ps. 5. 3).
N'oublions pas, avant d'entreprendre quoi que ce soit, d'en parler d'abord
au Seigneur.
Le serviteur d'Abraham n'a pas achevé de formuler sa prière que déjà la
réponse est devant lui : Rebecca portant sa cruche. Nous trouvons en
Esaïe une promesse correspondante : « Avant qu'ils crient, je
répondrai, et pendant qu'ils parlent, j'exaucerai » (Es. 65.
24). Si le serviteur nous enseigne la dépendance, Rebecca est, de
son côté, un modèle de dévouement et d'empressement. Elle
fait au-delà de ce qui lui est demandé en abreuvant aussi les chameaux et
elle le fait vite, se hâtant et courant (v. 18, 20). Voilà
deux traits que nous pouvons remarquer et imiter dans nos petits services
de tous les jours à la maison par exemple. Puiser de l'eau apporte du
rafraîchissement aux autres. Il existe mille manières de communiquer à ceux
auxquels nous avons affaire, les bénédictions que nous avons nous-mêmes
puisées dans la parole de Dieu. Et, de même que le serviteur observait
Rebecca, souvenons-nous que Quelqu'un considère avec attention tout
ce que nous faisons. A la manière dont la jeune fille exécutait ce travail
tout simple, le serviteur comprenait qu'elle serait pour Isaac une femme
dévouée, active, vertueuse comme celle que décrit le ch. 31 des
Proverbes. Avant toute autre chose, il se prosterne devant
l'Eternel et lui rend grâces.
L'Eternel a conduit, comme par la main, le serviteur d'Abraham dans la
famille de son seigneur. Celui-ci lui avait fait promettre solennellement
de ne pas prendre de femme pour son fils parmi les filles des Cananéens
(v. 3). Jeunes amis qui connaissez Jésus, même si le mariage se
présente pour vous comme une éventualité encore lointaine, il n'est pas
trop tôt pour retenir très fermement l'enseignement de la Parole à ce
sujet : « Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les
incrédules : car... quelle part a le croyant avec
l'incrédule ?, » (2 Cor. 6. 14, 15). Un enfant de Dieu ne
peut se marier que dans la famille de la foi, c'est-à-dire avec un autre
enfant de Dieu. Ceux qui n'ont pas tenu compte de cette injonction ont pu
le confesser plus tard avec beaucoup de tristesse : une union avec un
inconverti n'est pas seulement une désobéissance formelle à la Parole du
Seigneur, mais aussi une source de peines et de chagrins pour toute la vie.
Quel témoignage le serviteur d'Abraham rend à son maître auquel il est
fier d'appartenir (v. 34 à 36) ! Il est grand, il est
riche, il a un fils, héritier de tout ce qui est à lui. C'est
ainsi que le Saint Esprit, quand il est reçu dans un cœur, fait connaître
le Père et le Fils, et c'est ainsi que nous, rachetés du Seigneur, devrions
savoir en parler.
Les termes dans lesquels le serviteur d'Abraham a décrit son maître et les
richesses dont il a donné des échantillons ont touché le cœur de Rebecca.
Elle est décidée, elle ira (v. 58). Vous qui avez tant
entendu parler du Seigneur, qui avez eu l'occasion de jouir des trésors de
sa grâce dans la maison de vos parents, êtes-vous décidé à le suivre ?
La question vous est aujourd'hui posée. Iras-tu... ? Ce n'est
pas plus tard ni demain que l'Esprit de Dieu vous presse de le faire, c'est
aujourd'hui ! Alors commence pour Rebecca la longue marche
à travers le désert. Elle a tout quitté à la parole du serviteur qui
maintenant la conduit. Ainsi l'Eglise, l'Epouse de Christ, poursuit dans ce
monde, qui est un désert pour elle, son chemin de peine et de fatigue mais
de joie aussi car le Saint Esprit occupe son cœur du Bien-aimé qu'elle
n'a pas vu, et qui vient à sa rencontre. « Quel moment solennel
pour ta sainte assemblée, quand tu l'introduiras dans les célestes
lieux... ! » dit un cantique. Quel moment aussi pour le Seigneur
Jésus ! Rebecca fut la femme d'Isaac et il l'aima. Christ, lui, aime
déjà son Assemblée. Et son cœur, bien plus que le nôtre, attend ce moment
béni, pour l'éternelle satisfaction de son amour divin.
La fin de la vie d'Abraham achève un vaste tableau prophétique :
ch. 21 : la naissance du Fils ; ch. 22 :
la croix et la résurrection du vrai Isaac ; ch. 23 :
la mise de côté d'Israël (la mort de Sara) ; ch. 24 :
l'appel de l'Eglise et son union avec Christ dans la gloire. Enfin
ch. 25 : l'introduction du règne de mille ans où les nations
de la terre, représentées par les enfants de Ketura, seront
bénies en relation avec Isaac. A ce dernier Abraham fait don de tout ce
qu'il a. Isaac représente Christ sous son caractère d'Héritier universel.
« L'Eternel m'a dit : Tu es mon Fils... Demande-moi, et je te
donnerai les nations pour héritage... » (Ps. 2. 7, 8). C'est
sur ce glorieux avenir que les pensées d'Abraham se portaient par la foi.
Au-delà d'Isaac, il contemplait celui en qui les promesses auraient leur
accomplissement. « Abraham... a tressailli de joie de ce qu'il verrait
mon jour - dira Jésus aux juifs - et il l'a vu, et s'est réjoui »
(Jean 8. 56). Il meurt dans la foi, « n'ayant pas reçu les
choses promises, mais les ayant vues de loin et saluées » (Héb. 11.
13). Aussi Abraham est-il un de ces hommes dont Dieu n'a pas honte, au
point de lier son nom au Sien en s'appelant lui-même le « Dieu
d'Abraham ». Peut-il aussi s'appeler votre Dieu ?
La foi d'Isaac et de Rebecca est mise à l'épreuve de la même manière que
celle d'Abraham et de Sara : par la stérilité. C'est l'occasion pour
Isaac d'instantes prières auxquelles l'Eternel se rend (v. 21 ;
comp. 1 Chron. 5. 20). Deux fils jumeaux naissent, aussi différents
par leur aspect physique qu'ils le seront par l'état de leur cœur. La
scène qui se déroule, plus tard, entre ces deux frères manifeste cet état.
Jacob, malgré la manière fâcheuse dont il s'y prend, montre qu'il apprécie
la place de premier-né dans la famille, la part d'héritage qui s'y rattache
et surtout les promesses divines faites à Abraham et à sa postérité après
lui. Rien de tout cela n'a de prix pour Esaü. Il conclut son marché, mange,
boit, se lève et s'en va, inconscient de la perte incalculable qu'il a
faite en un instant. Non seulement sa conduite est insensée :
« pour un seul mets » sacrifier tout son avenir comme le
rappellera Héb. 12. 16. Mais elle est encore et surtout une
insulte à Dieu ; c'est lui dire : tes dons les plus
précieux ne valent pas ces quelques lentilles pour calmer ma faim. Le
droit d'aînesse est une figure de votre privilège, jeunes amis élevés dans
une famille chrétienne. Qu'aucun de vous ne méprise l'héritage céleste.
Isaac n'a pas tiré profit des tristes expériences de son père dans les
ch. 12 et 20. Mis à l'épreuve par la famine, lui aussi séjourne à
Guérar et, par crainte, y renie sa femme en trompant Abimélec. Les
fréquentations mondaines nous exposent aux mêmes conséquences : manque
de courage pour confesser notre relation avec Christ, peur de l'opprobre,
faux témoignage devant le monde. Mais, sitôt après, nous lisons une belle
page de l'histoire du patriarche. Pour se mettre lui et les siens à l'abri
de la famine, il sème et récolte, Dieu bénissant son travail. Sa prospérité
éveille la jalousie des Philistins (v. 14). Comme au temps
d'Abraham, ces derniers cherchent à priver l'homme de Dieu de l'eau
nécessaire à la vie (ch. 21. 25). Elle est fournie par les anciens
puits, image de la Parole et des sources de rafraîchissement spirituel dont
les générations qui nous précèdent ont joui avant nous, où nous avons à
puiser pour nous-mêmes. Et ces Philistins malveillants qui bouchent les
puits avec de la terre nous font penser à l'Ennemi de nos âmes. Il
s'efforce, de remplir notre vie des choses de la terre et de créer toujours
de nouveaux besoins dans nos cœurs pour nous priver de la Parole vivante
indispensable à notre prospérité spirituelle.
Ces puits d'Abraham, bouchés par les Philistins, Isaac les recreuse l'un
après l'autre. Demandons au Seigneur la même énergie, la même persévérance
pour nous approprier les vérités dont nos devanciers ont vécu, afin que,
par un effort personnel, elles deviennent pour ainsi dire notre propriété.
A chaque effort de l'ennemi pour le priver des fruits de son travail, Isaac
répond en creusant ailleurs, sans se décourager. Mais il s'abstient de
contester, illustrant l'exhortation de 2 Tim. 2. 24. Sa douceur peut
être connue de tous (Phil. 4. 5). Souffrant l'injustice, il ne
menace pas mais s'en remet à Celui qui juge justement (1 Pier. 2.
23). En même temps, il rend ainsi témoignage de sa foi. L'héritage lui
appartient ; à quoi bon l'arracher par la force ? L'Eternel a
promis « tous ces pays » à sa descendance (v. 4). Isaac
s'attend à lui pour les recevoir le moment venu. Les v. 34 et
35 nous montrent Esaü méprisant de nouveau la volonté divine en
choisissant ses femmes parmi ces Cananéens dont l'Eternel avait absolument
séparé sa famille (ch. 24. 3, 37). Il cause ainsi un profond chagrin
à Isaac et à Rebecca. Quel contraste avec leur propre histoire vécue dans
la confiance et la dépendance de Dieu !
Voilà une famille où Dieu est connu, et pourtant les convoitises, les
fraudes et les mensonges s'y montrent très tristement. Isaac est devenu
aveugle et il l'est aussi spirituellement. Il a perdu le discernement au
point qu'un repas savoureux compte davantage pour lui que l'état moral de
ses enfants. Sans chercher la pensée de Dieu, il s'apprête à bénir le fils
qu'il préfère. Rebecca de son côté conseille à Jacob de dépouiller son
frère de cette bénédiction et de tromper son père. Seul Esaü pourrait nous
paraître sympathique dans cette famille. Mais Dieu connaissait son cœur
profane, et, à travers cette injustice apparente, sa volonté
s'accomplissait. Isaac doit le reconnaître (fin du v. 33).
Jacob parvient à ses fins. Avec la complicité de sa mère, il obtient la
bénédiction à laquelle il attachait tant de valeur. Mais s'il s'était
confié en Dieu pour la lui donner au lieu d'agir par supercherie, ne
l'aurait-il pas tout de même reçue ? Dieu qui avait déclaré :
« le plus grand sera asservi au plus petit » (ch. 25. 23),
ne pouvait renier sa parole ni permettre d'erreur. Et Jacob se serait
épargné bien des peines et bien du temps perdu. Le chemin du Seigneur pour
nous est toujours simple, mais que de fois nous le compliquons par nos
interventions malencontreuses (Ps. 27. 11).
Héb. 12. 16, 17 rattache cette scène à celle du ch. 25. Esaü
le profane désire ardemment hériter de la bénédiction, mais il est rejeté
malgré ses larmes : il l'a jadis méprisée et maintenant c'est trop
tard (Prov. 1. 28-31). Le monde est rempli de gens qui, comme
cet homme, vendent leur âme précieuse en échange de quelques plaisirs
passagers. Leur dieu, c'est leur ventre et leurs pensées sont aux choses
terrestres (Phil. 3. 19). Ils sont de la terre, ont leur portion
dans cette vie (Ps. 17. 14). Un réveil terrible les attend lorsque,
« plus tard », ils reconnaîtront leur folie. Toutes les larmes
versées dans le lieu épouvantable où sont les pleurs et les
grincements de dents, seront aussi vaines que celles d'Esaü ici pour
retrouver la bénédiction perdue par leur seule faute. Pour Jacob les
difficultés vont commencer. La haine de son frère, excitée par la rancune
et la jalousie, l'oblige à quitter les siens. Il ne reverra plus sa mère,
alors que celle-ci ne prévoyait qu'une séparation de quelques jours (v.
44). Rebecca subira donc elle aussi les conséquences de leur commune
tromperie. En donnant une grande place au récit de la vie de Jacob,
l'Ecriture va nous permettre d'admirer le long et patient travail de la
grâce de Dieu envers un des siens.
Jacob quitte la maison paternelle, mais Dieu va lui faire connaître
sa propre maison (Béthel signifie « maison de Dieu » ). La
solitude, loin de la sécurité du toit familial est parfois l'occasion de
rencontrer le Seigneur. Il faut un jour ou l'autre que cette rencontre se
fasse, et que le Dieu de nos parents devienne aussi notre Dieu.
Etrange rêve que celui de Jacob ! Que signifie cette échelle sur
laquelle des anges montent et descendent ? Elle parle de relations
entre le ciel et la terre, et nous pensons à Celui qui les a établies pour
nous en descendant ici-bas puis en remontant dans la gloire (Jean 3. 13,
31 et Eph. 4. 10). Au pauvre pécheur fatigué, la grâce de Dieu
montre la porte du ciel (v. 17) et fait part de ses promesses
glorieuses. « Que ce lieu-ci est terrible ! », s'écrie le
voyageur à son réveil. Une conscience coupable ne peut être à l'aise, même
dans la présence du Dieu de grâce (comp. Luc 5. 8). Dans l'étrange
marché qu'il a la prétention de faire avec l'Eternel, Jacob met au
conditionnel les promesses formelles que Dieu vient de lui faire et offre
de le servir en échange des bienfaits qu'il recevra. Beaucoup, comme lui,
hésitent à saisir avec foi le don gratuit de Dieu et pensent que sa faveur
doit se mériter par des efforts.
« Je te garderai partout où tu iras... je ne t'abandonnerai
pas », avait promis l'Eternel à Jacob au cours de sa nuit à Béthel
(ch. 28. 15). Il est consolant de penser que l'œil de Dieu suit
continuellement les siens, même quand eux négligent de regarder à lui
(Ps. 32. 8). Ces soins providentiels conduisent Jacob dans la
famille de sa mère, auprès de son oncle Laban. Nous assistons de nouveau à
une rencontre près d'un puits, peut-être le même que celui du ch.
24. Mais cette fois nous n'entendons aucune prière dans la bouche du
voyageur, ni pour demander à Dieu de lui faire faire une heureuse
rencontre, ni ensuite pour lui rendre grâces d'avoir fait prospérer son
voyage. Et nous ne voyons pas non plus la jeune fille donner à boire au
visiteur fatigué. Quelle différence aussi dans la maison de Laban !
Jacob raconte « toutes ces choses », mais nous n'entendons dans
son récit aucune mention du nom de l'Eternel, ni de la manière dont Lui
seul a béni sa famille (comp. ch. 24. 35), ni davantage de sa
rencontre de Béthel. Quels sont nos sujets de conversation lorsque nous
rencontrons un parent ou un ami chrétien ? Profitons-nous de ces
occasions pour parler de sujets édifiants ? Pour qu'il en soit ainsi,
il faut que nos cœurs en soient habituellement occupés.
L'histoire de Jacob, c'est celle de la discipline, autrement dit de
l'école par laquelle Dieu fait passer les siens. Ecole souvent pénible, car
Héb. 12. 11 affirme - et notre expérience confirme - qu'
« aucune discipline pour le présent ne semble être un sujet de joie,
mais de tristesse ! » Mais le but de Dieu est « notre
profit, afin que nous participions à sa sainteté ». La classe dans
laquelle entre Jacob va durer vingt ans qu'il passera dans une condition
voisine de l'esclavage. Et comment Dieu va-t-il lui enseigner ses
leçons ? Il va permettre qu'il lui soit fait comme lui-même a fait aux
autres. Jacob, dont le nom signifie « supplanteur » et qui
l'avait bien justifié, va être à son tour volé et dépouillé. Il avait
trompé son père, lui le plus jeune, en se faisant passer pour l'aîné !
Il a maintenant affaire à un père qui le trompe en faisant passer sa fille
aînée pour la plus jeune ! Que de fois nous découvrons les
désagréments ou la méchanceté de nos actes seulement lorsque nous en
souffrons à notre tour de la part d'autrui (Jug. 1. 7 ; Es.
33. fin v. 1). Le seul sujet heureux dont nous entretient ce chapitre,
c'est l'amour dévoué de Jacob pour Rachel. Nous pensons à l'amour de Celui
qui, pour nous acquérir, est devenu le parfait Serviteur.
Ces versets nous présentent la famille de Jacob. Page importante de
l'Ancien Testament, puisque les douze fils du patriarche deviendront à leur
tour douze patriarches (Act. 7. 8) et donneront leurs noms aux
tribus d'Israël ! Par leur moyen se réaliseront les promesses faites à
Abraham et à Isaac, ainsi qu'à Jacob lors de sa nuit à Béthel. De Lévi
descendront les sacrificateurs, de Juda les rois, puis le
Messie lui-même. Les membres de cette famille sont, à
l'exception de Joseph, à l'image de leur chef : calculs, rivalités,
expédients douteux les caractérisent. Malgré ces égarements, Dieu a les
yeux sur cette famille et veut la bénir. De même aujourd'hui les familles
des croyants sont précieuses au cœur du Seigneur. Il nous connaît chacun
par nom, et dès nos premiers pas nous prépare pour le service auquel il
nous destine. Et quel est l'appel glorieux des croyants maintenant ?
N'est-ce pas d'être « un royaume des sacrificateurs pour son
Dieu et Père » ? (Apoc. 1. 6). La naissance de
Joseph, type de Christ, annonce pour la famille de Jacob la fin de sa
servitude et le retour au pays de la promesse (v. 25).
Spirituellement il en est toujours ainsi : c'est à partir du moment où
Christ prend sa place dans nos maisons et dans nos cœurs que nous sommes
en mesure de goûter la délivrance et la bénédiction céleste.
Le pauvre Jacob s'agite, spécule, rivalise d'astuce et de fourberie avec
Laban, cherchant à s'enrichir par son intelligence et ses efforts. Il est
triste de voir un croyant en lutte avec les gens du monde pour des biens
terrestres. Isaac avait donné un tout autre exemple à son fils Jacob
(ch. 26. 15 à 22). En 1 Tim. 6. 6 à 10, l'apôtre met en
contraste avec le désir de s'enrichir, la piété qui, avec le contentement,
est un grand gain. Voilà donc le double gain, les vraies richesses à
rechercher : 1- La piété, c'est-à-dire les relations avec Dieu
dont nous parlent les autels. Or dans son exil, Jacob n'a pas d'autel, pas
de relation consciente avec Dieu. 2- Le contentement que les
patriarches réalisaient en vivant sous des tentes, et que Jacob avait
lui-même pratiqué (ch. 25. 27). L'apôtre Paul avait personnellement
appris à être content dans les circonstances où il se trouvait (Phil. 4.
11). Combien il est difficile d'être toujours content ! Pourtant
le meilleur témoignage que nous puissions rendre autour de nous n'est-il
pas de montrer que nous sommes satisfaits de ce que Dieu nous donne ?
Or il nous a donné son propre Fils et toutes choses avec lui (Rom. 8.
32).
A côté de tout ce qu'a de fâcheux la manière de faire de Jacob,
reconnaissons sa patience. Il supporte sans se plaindre les fatigues
et les privations ainsi que toutes les injustices dont il est l'objet de la
part de Laban. Ce qui le soutient, c'est le souvenir du pays donné par
l'Eternel à Abraham et à sa postérité. Il n'a pas oublié la promesse que
Dieu lui a faite à Béthel de le ramener au « pays de ses pères ».
Cette espérance est restée vivante dans son cœur, et le moment où elle va
s'accomplir arrive enfin. Chrétiens, étrangers sur la terre, n'avons-nous
pas, nous aussi, une promesse de la part du Seigneur concernant la Patrie
céleste dans laquelle il nous fera bientôt entrer ? Cette espérance
devrait nous donner toute la patience et tout le courage nécessaires pour
endurer les difficultés et même les injustices. Tout en obéissant au
commandement de l'Eternel (v. 3), Jacob reste tristement fidèle à
son caractère rusé : il trompe Laban en fuyant à son insu. N'est-ce
pas en même temps un manque de confiance envers Dieu ? Celui qui lui
donnait l'ordre de se mettre en route ne pouvait permettre à Laban de le
retenir (ch. 31. 24). Et ce dernier n'aurait pu que s'incliner, en
reconnaissant comme jadis : « la chose procède de
l'Eternel... » (ch. 24. 50).
Prévenu de la fuite de Jacob, Laban se lance à sa poursuite et le rejoint.
En homme du monde rusé et hypocrite, il emploie des paroles flatteuses
alors que son cœur est plein d'envie et de jalousie. Il feint une grande
affection pour ses filles et ses petits enfants alors qu'il n'a toujours
été guidé que par le souci de ses propres intérêts (v. 15). Il fait
semblant de craindre l'Eternel (v. 29, 53) tout en recherchant
activement ses faux dieux. Il est triste de voir Rachel attacher de la
valeur à ces idoles. Ces théraphim correspondent pour nous aux choses du
monde que nous ne nous décidons pas à abandonner et que nous croyons
pouvoir emporter avec nous dans le chemin vers notre Patrie. Il nous est
possible de les cacher pendant un certain temps aux yeux de tous dans le
plus profond de notre cœur. Que Dieu, lui qui voit tout, nous donne de
savoir discerner et rejeter résolument tout ce qui, dans nos affections,
prend la place du Seigneur Jésus ! Ce sont des idoles !
Jacob et Laban se séparent enfin. Le monceau constituera une frontière
entre eux. Il n'y a pas de terrain commun au croyant et à l'homme du monde,
même quand ils appartiennent à la même famille. Jacob offre un sacrifice
(v. 54) : il connaissait sa place et sa dignité devant Dieu.
Héb. 1. 14 nous apprend que les croyants bénéficient du service des
anges. Le plus souvent c'est à leur insu. Mais à son départ de Canaan, Dieu
avait voulu en quelque sorte présenter à Jacob ceux qu'il allait employer
pour prendre soin de lui pendant son exil (ch. 28. 12). A présent,
au moment de son retour, les anges de Mahanaïm souhaitent la bienvenue au
patriarche dans le pays de la promesse. Mais Jacob n'est pas en état de se
réjouir de la bonté du Dieu qui exauçait son vœu de jadis (ch. 28. 20,
21). En effet son cœur n'est pas affranchi de la crainte de l'homme.
S'il n'a plus derrière lui Laban, il a encore devant lui Esaü et il tremble
à la perspective de le rencontrer. Il a bien recours à la prière (v. 9 à
12), mais aussitôt après il prend toutes les précautions imaginables,
comme s'il ne croyait pas vraiment Dieu capable de le délivrer. Ne lui
ressemblons-nous pas quelquefois ? Voyons aussi l'attitude servile de
Jacob (v. 18 et 20), alors que la bénédiction de son père avait fait
de lui le maître de ses frères. Enfin soyons convaincus qu'au lieu de toute
cette mise en scène, de tous ces arrangements prudents, Jacob aurait mieux
fait de passer en tête de sa troupe, et, se confiant en Dieu, de demander
avec courage pardon à son frère offensé ?
Une seconde nuit mémorable s'inscrit dans l'histoire de Jacob. Ce combat
avec l'Ange est comme le résumé de toute sa vie antérieure. Il a toujours
cherché la bénédiction par ses propres efforts : il s'est en cela
opposé à Dieu. Il constate à présent que l'énergie de l'homme ne peut
vaincre et prévaloir. Un geste de Dieu (v. 25) et elle est anéantie.
Jacob est bien obligé alors de cesser d'avoir confiance en lui-même. Il
apprend cette vérité de base de la vie du croyant : « Quand je
suis faible, alors le suis fort » (2. Cor. 12.
10). Et c'est à ce moment-là qu'il triomphe en déclarant par la
foi : « Je ne te laisserai point aller sans que tu m'aies
béni » (v. 26 ; Osée 12. 5). Victoire de la
prière ! Il obtient la bénédiction sous la forme de ce nom d'Israël
si grand dans les conseils de Dieu, dans l'Ecriture et dans l'histoire,
ce nom qui nous parle de Christ, le Vainqueur, le Prince, le vrai Israël de
Dieu. Chers chrétiens, Dieu veut faire de nous des vainqueurs.
S'il nous arrête dans notre marche de propre volonté et nous enlève
notre énergie charnelle, c'est afin de nous donner sa puissance.
Jacob se souviendra de Peniel. Son bâton le lui rappellera
continuellement. Sa hanche a été luxée mais son âme a été délivrée (Rom.
7. 24, 25).
Après que l'Eternel a eu changé le nom d'Abraham, son ancien nom d'Abram a
définitivement disparu. Au contraire, le nom de Jacob subsiste jusqu'à la
fin et le nouveau nom d'Israël n'alterne couramment avec lui que
longtemps après Peniel. Signe que le vieux Jacob, le supplanteur,
n'a pas fini de se manifester. Pourtant la grâce divine était évidente
envers lui et les siens. L'Eternel avait répondu à sa prière du ch. 32.
11 en inclinant le cœur d'Esaü (v. 4). Et pour souligner que
c'était bien l'œuvre de Dieu, que les cadeaux prudemment préparés par
Jacob n'étaient pour rien dans les bonnes dispositions de son frère, le
v. 8 montre que ce dernier n'avait même pas compris leur but. Nous
voyons cependant réapparaître les craintes du pauvre Jacob. A Esaü qui
voulait le protéger, il aurait pu rendre témoignage de sa confiance dans la
protection du Dieu Tout-Puissant : au lieu de cela il se dérobe par un
mensonge, disant aller à Séhir et se rendant à Succoth. Après quoi, ce qui
est pire encore, il se bâtit une maison (v. 17), achète un champ
(v. 19), reniant ainsi doublement son caractère d'étranger. Les
conséquences ne tardent pas : des fréquentations s'ensuivent qui
amènent le déshonneur sur sa fille et l'odieuse vengeance de deux de ses
fils, triste sujet du ch. 34.
Après les honteux événements survenus dans sa famille, Jacob est troublé,
découragé (ch. 34. 30). Dieu ne veut pas le laisser dans cet état et
une fois de plus s'adresse à lui : « Lève-toi, monte à Béthel,
habite là, fais-y un autel » . Béthel, maison de Dieu, est le lieu
de sa présence. La même voix divine invite le chrétien chaque premier jour
de la semaine à cesser de s'occuper des affaires de la terre pour se rendre
au lieu où le Seigneur a promis sa présence et l'adorer en esprit et en
vérité. Mais avant de pouvoir obéir, Jacob le sent bien, une chose est
indispensable. Ses tentes cachent des objets qui ne conviennent pas à la
sainte présence de Dieu - ne seraient-ce que les théraphim de Laban dans la
tente de Rachel. Longtemps tolérés ces « dieux étrangers »
doivent être rejetés au moment où l'on va paraître devant l'Eternel.
Ensuite seulement, Jacob peut monter à Béthel, un lieu qu'il a cessé de
trouver « terrible » : il y bâtit un autel, s'y souvient
avec reconnaissance des bénédictions reçues, et y entend de la part de Dieu
la confirmation de toutes ses promesses. Ayant jugé et abandonné ce qui
était incompatible avec son service élevé, l'adorateur est comblé en la
présence de Dieu de bénédictions multiples et de grand prix (Osée 14.
8).
Nouvelle étape dans la vie de Jacob ! Pendant qu'il est en route
surviennent simultanément la naissance de Benjamin et la mort de Rachel. Le
chemin du chrétien est lui aussi semé de joies et de chagrins. Comme Jacob,
il peut « dresser des stèles » (v. 14, 20). Les deux
noms donnés à l'enfant nous parlent chacun du Seigneur Jésus. Ben-oni,
le fils de ma peine, est le nom de celui sur qui Israël se lamentera
« comme on se lamente sur un fils unique » (Zach. 12. 10),
de celui qui lui-même a été un affligé sur la terre, un homme de douleurs,
soumis à la souffrance. Mais il est en même temps le vrai Benjamin,
le Fils de la droite du Père, auquel Dieu a dit :
« Assieds-toi à ma droite... » (Ps. 110. 1, plusieurs fois
cité dans le Nouveau Testament). Les deux noms sont inséparables, portés
par la même personne. Ils nous rappellent que les souffrances et les
gloires de Christ ne peuvent être dissociées (1 Pier. 1. 11).
Un autre nom dans notre lecture nous fait penser à Jésus : Bethléhem
(v. 19) où le Sauveur naîtra. Le sépulcre de Rachel s'élève là, lieu
de larmes qui sera mentionné au début de l'Evangile (Matt. 2.
18), mais lieu aussi où devait être annoncé le plus grand sujet de
joie de tous les temps (Luc 2. 10).
Après la naissance de Benjamin la famille de Jacob est maintenant complète
(ch. 35. 23). Mais parallèlement la famille d'Esaü prospère. Elle
compte de nombreux chefs, ainsi que des rois. Certains jeunes gens
ambitionnent de devenir des chefs, mais combien il est meilleur d'obéir
au Seigneur et de servir les siens que d'avoir autorité sur d'autres
personnes. Le Seigneur l'enseigne à ses disciples : « Vous savez
que ceux qui sont réputés gouverner les nations dominent sur elles... mais
il n'en est pas ainsi parmi vous... quiconque voudra devenir le premier,
sera l'esclave de tous » (Marc 10. 42 à 44). Parmi les
hommes puissants mentionnés dans ce chapitre, l'un trouvera des sources
chaudes au désert, image de toutes les déceptions de ce monde et de
ce qui ne désaltère pas (v. 24). Un autre, Amalek, deviendra
le plus acharné de tous les ennemis d'Israël et ce dernier aura affaire à
lui tout au long de son histoire. La fin du v. 8 nous
rappelle : Esaü c'est Edom ! Le nom de Jacob le
supplanteur a été changé en Israël : Prince de Dieu, tandis que celui
d'Esaü est devenu Edom (ch. 25. 30) qui signifie « roux »,
« potage ». Terrible ironie ! Cet homme et sa race, de
génération en génération, ont été condamnés à porter comme nom celui du
plat échangé contre sa bénédiction.
Nous commençons aujourd'hui la belle histoire de Joseph. Il n'existe
probablement pas dans toute l'Ecriture de personnage qui présente en
« type » le Seigneur Jésus d'une manière plus complète que
Joseph. Objet de l'amour de son père, il est en même temps
victime de la haine et de la jalousie de ses frères les fils
d'Israël (comp. Jean 3. 19 ; Matt. 21. 38). Il rend
témoignage contre eux de leur méchanceté (v. 2) et
devant eux de son élévation future à laquelle ils refusent de
croire. Ainsi Christ, centre des prophéties concernant la terre
(v. 7) et le ciel (v. 9), fut le témoin fidèle et
véritable contre le monde de ses mauvaises œuvres (Jean 7. 7), et
envers le monde de Ses propres gloires futures (Matt. 26. 64). Jacob
a revêtu Joseph d'une tunique bigarrée, marque visible de sa faveur. Jésus
aussi a été publiquement désigné comme l'objet des délices du Père
(Matt. 3. 17 ; Act. 2. 22). Joseph est pour chacun de
nous un modèle d'obéissance. « Me voici » répond-il (v.
13) quand son père l'envoie visiter ses frères qui pourtant le
haïssent. Mais quel plus grand modèle nous avons en Jésus ! Il se
présenta en parfaite obéissance quand le Père voulut l'envoyer :
« Voici, je viens... c'est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui
est ton bon plaisir » (Ps. 40. 7, 8).
Le long chemin suivi par Joseph à la recherche de ses frères rappelle celui
qu'a parcouru le Fils de Dieu pour chercher et sauver ceux qui étaient
perdus. Chemin de son anéantissement d'abord : étant Dieu, il s'est
fait homme. Chemin de son abaissement ensuite, jusqu'à la mort, oui,
jusqu'à la mort de la croix (Phil. 2. 7, 8). Puis c'est le
crime dont tous les détails évoquent cette croix de Christ : ils font
de lâches complots pour tuer celui qui était venu les servir (Ps. 109.
5 ; Jér. 11. 19 et Jean 11. 53) ; « ils se
rassemblent contre l'âme du juste, et condamnent le sang innocent »
(Ps. 94. 21) ; ils le dépouillent de son vêtement (Ps. 22.
18) et le jettent dans la fosse, image de la mort. Finalement ils
vendent Joseph pour vingt pièces d'argent comme esclave à des étrangers.
Celui qui est plus grand que lui a été vendu pour trente pièces, prix
magnifique auquel il a été estimé (Zach. 11. 13), puis livré par les
Juifs à Pilate. Quelle détresse a dû être celle de Joseph ! Et combien
plus grande l'angoisse de Celui dont Joseph n'est qu'une faible image,
quand il a passé par toutes ces douleurs, par la mort et par l'abandon de
Dieu, à cause de son immense amour pour vous et pour moi.
Le ch. 38 est intercalé dans l'histoire de Joseph comme pour nous
montrer, par l'exemple de son frère Juda, à quels graves péchés et à quels
désordres on peut être entraîné dans une famille quand on a mis de côté
Christ, le vrai Joseph. En contraste, au ch. 39 nous retrouvons
Joseph en Egypte, jeune homme craignant Dieu, se gardant pur et
séparé du monde. C'est pourquoi Dieu se plaît à montrer que cette piété lui
est agréable en bénissant d'une manière évidente toute l'activité de son
fidèle témoin. Quand la tentation se présente, Joseph refuse (v. 8),
n'écoute pas (v. 10), s'enfuit (v. 12, remarquez le contraste
avec Samson en Juges 16. 16, 17). Jeunes croyants, un jour vous
aurez sans doute à quitter la maison de vos parents pour séjourner dans un
milieu hostile et dangereux. Que cet exemple de Joseph, lui aussi loin de
sa famille, soit pour vous un encouragement dans les combats qui seront
inévitablement votre part ! « Comment un jeune homme rendra-t-il
pure sa voie ? » demande le psalmiste. « Ce sera en y
prenant garde selon ta parole », répond-il immédiatement. Il est armé
pour le jour de la tentation : « J'ai caché ta parole dans mon
cœur, afin que je ne pèche pas contre toi » (Ps. 119. 9, 11).
La meilleure chose au meilleur endroit et pour le meilleur but.
Une fois encore Joseph est l'objet d'une affreuse injustice. Sur un faux
témoignage, il est condamné et enfermé dans la tour au milieu des
prisonniers. Le Ps. 105. v. 18 décrit ses souffrances physiques et
morales : « on lui serra les pieds dans les ceps, son âme entra
dans les fers ». Cette fois encore ces souffrances préfigurent celles
du Sauveur. On a mis les mains sur Jésus (Marc 14. 46), on a
assemblé contre lui de faux témoins (Matt. 26. 59, 60), on l'a
« compté parmi les iniques » (Marc 15. 28), lui qui
n'avait « rien fait qui ne se dût faire » (Luc 23. 41).
La tour était remplie de prisonniers coupables. Combien il est
touchant de voir Joseph au milieu d'eux, ne s'estimant pas supérieur à
cause de son innocence, nullement révolté, pas découragé non plus, mais ne
cessant de servir ! Nos pensées ne peuvent qu'être ramenées à l'homme
parfait venu partager notre condition misérable et désespérée pour nous
servir en amour. « Il a passé de lieu en lieu faisant du bien »,
dira Pierre (Act. 10. 38), en ajoutant : « car Dieu
était avec lui » . Tel va être aussi pour Joseph, dans la prison
comme chez Potiphar (ch. 39. 3, 21, 23), à la fois sa consolation et
le secret de sa prospérité. Puissions-nous faire toujours et partout la
même heureuse expérience !
Dans ces deux serviteurs du roi d'Egypte, l'échanson et le panetier, nous
avons un échantillon de l'humanité tout entière. « Il n'y a pas de
différence, car tous ont péché... », déclare l'Ecriture (Rom. 3.
23). Tous ont péché contre Dieu, tous ont mérité sa colère, son
châtiment. Mais c'est ensuite que se montrera la différence. Les uns
reçoivent par la foi la bonne nouvelle du salut par grâce. Et devant les
autres est placée la perspective de l'effrayante seconde mort. Il n'existe
pas dans le monde d'autre alternative que ces deux là : sauvé
ou perdu. A laquelle appartenez-vous ? A la différence
du panetier qui ne pouvait plus échapper au jugement du roi, il est encore
possible aujourd'hui, en recevant l'Evangile de la grâce, de passer de la
condition de pécheur perdu à celle de racheté de Christ. Les deux
brigands de la croix illustrent mieux encore ces deux classes qui partagent
l'humanité. L'un reste insensible et meurt dans ses péchés : l'autre,
en réponse à sa prière : « Seigneur, souviens-toi de
moi... », obtient cette réponse merveilleuse :
« aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Luc
23. 43). De même qu'ici Joseph est le messager de la grâce souveraine,
c'est Jésus qui le premier a annoncé le salut et la bonne nouvelle de la
paix (Eph. 2. 17).
La prière du brigand nous a été rappelée hier : « souviens-toi de
moi, Seigneur... » (Luc 23. 42). Au ch. 40. 14, c'est
Joseph qui demande à l'échanson sur le point d'être délivré :
souviens-toi de moi. Qu'il est triste de lire le v. 23 du même
chapitre « Mais le chef des échansons ne se souvint pas de Joseph, et
l'oublia » ! Rachetés du Seigneur, au bénéfice de son grand
salut, ne sommes-nous pas souvent ingrats, oubliant celui qui nous a
sauvés ? Bien que nous devions tout à Jésus, nous négligeons de
parler de lui à ceux qui n'ont pas le privilège de le connaître. Le
Seigneur savait combien les cœurs des siens sont oublieux. En instituant
la Cène, en leur donnant le pain et la coupe, il leur a demandé :
« Faites ceci en mémoire de moi » (Luc. 22. 19).
Après le songe du Pharaon le souvenir revient à l'échanson. Il a dû
lui en coûter de dire : « je rappelle aujourd'hui mes
fautes » (v. 9). Mais il ne pouvait pas parler de Joseph sans
dire où et pourquoi il l'avait rencontré. De même, pour rendre témoignage à
Jésus notre Sauveur, ne craignons pas de reconnaître dans quel état de
misère et de péché nous nous trouvions quand il nous a fait connaître la
délivrance.
Comme ce Pharaon troublé par un songe, aujourd'hui les hommes sont
tourmentés, anxieux. L'avenir les inquiète. Ils se sentent à la merci de
catastrophes imprévisibles. Pourtant la Bible contient tout ce que l'homme
peut savoir au sujet de l'avenir. Mais les prophéties sont
incompréhensibles à ceux qui n'ont pas l'Esprit de Dieu. En vain le Pharaon
consulte les plus sages de son royaume. Devant Dieu toute la sagesse
humaine est en défaut. Alors paraît Joseph. Les portes de la prison lui
sont ouvertes, et il vient avec la sagesse d'en haut apporter
« une réponse de paix » au Pharaon. Il ne manque pas de dire que
cette réponse vient de Dieu et non de lui-même (comp. Dan. 2. 28).
Un chrétien qui se nourrit de la Parole de Dieu en sait davantage sur
l'avenir du monde que les hommes politiques les plus avisés. Par le Saint
Esprit, Dieu « nous a donné une intelligence » (lire Jean 16.
13 ; 1 Jean 2. 20 et 5. 20). Ne peut-on pas dire que,
dans nos pays d'occident, l'époque actuelle correspond à une période
d'abondance spirituelle. Elle sera suivie pour le monde d'un temps
de famine annoncé par les prophètes, « non une famine de pain,
ni une soif d'eau, mais d'entendre les paroles de l'Eternel... »
(Amos 8. 11... ). Le temps de la grâce aura pris fin. Lecteur,
êtes-vous prêt ?
Une grande page de l'histoire de Joseph est maintenant tournée. Après les
souffrances viennent les gloires (comp. Luc 24. 26).
L'affligé jeté dans la fosse, l'esclave dans un pays étranger, le
prisonnier dans la tour, devient le seigneur du pays (ch. 42. 30),
le sauveur du monde, celui devant lequel tous les genoux se ploient
***(voir notes). Chacun de ces titres nous parle de Celui qui, jadis
humilié et méprisé, sera bientôt par tous à jamais honoré. Jésus, le
Nazaréen, a été haut élevé par Dieu, couronné de gloire et d'honneur
(Héb. 2. 7). Et, complément de toutes ces gloires, ce qui seul peut
satisfaire ses affections : une épouse est donnée à Joseph, image de
l'Eglise, prise du milieu des nations (Eph. 1. 20 à 23). Les noms de
ses fils peuvent suggérer le pénible travail de l'âme du Sauveur, oublié
désormais (Manassé, v. 51) pour goûter une abondance de fruit
(Ephraïm, v. 52 ; comp. Es. 53. 11). Le Ps. 105
v. 16 à 21, déjà cité, résume cette magnifique histoire. Avant
d'envoyer sur la terre la famine qu'il avait déjà décrétée, Dieu a
préparé par ses afflictions Joseph, type de Christ, au rôle de sauveur et
de soutien de la vie pour le monde et pour la famille d'Israël (Ephraïm =
double fertilité). Aussi pouvons-nous bien nous écrier avec
admiration : « Trouverons-nous un homme semblable à
celui-ci ? » (v. 38).
Ce que le Seigneur annonce s'accomplit certainement. Ainsi en est-il de la
parole de Joseph qui était celle de Dieu lui-même. Les sept années
d'abondance s'écoulent, puis la famine commence. Dieu essaye tous les
moyens pour tourner vers lui les pensées des hommes. C'est pourquoi dans le
monde se succèdent la paix et la guerre, l'abondance et les privations, et
aussi, dans la vie de chaque être humain, les joies et les épreuves.
Hélas ! les hommes ne pensent guère à remercier le Seigneur
pour les joies qu'il leur accorde et ils ne vont généralement pas à
lui non plus pour trouver du secours dans leurs épreuves. Pourtant,
de même que le Pharaon commandait : « allez à Joseph »,
l'Esprit de Dieu presse les hommes de se tourner vers le Sauveur, et
lui-même appelle : « venez à moi... » (Matt. 11. 28).
Oui, allons à Celui qui seul donne en abondance ce qu'il faut pour nourrir
nos âmes. Sachons aussi profiter des périodes d'abondance spirituelle,
telle bonne réunion, telle lecture par exemple, pour remplir les
« greniers » de notre mémoire et de nos cœurs (Prov. 10.
5). Dans les moments de besoin, de solitude, de découragement, ce que
nous aurons ainsi mis en réserve nous donnera force et joie dans le
Seigneur. Surtout n'oublions pas la fin du v. 55 « Faites ce
qu'il vous dira » (comp. Jean 2. 5).
Pendant que ces événements se déroulaient en Egypte, la famille de Jacob a
été laissée de côté dans le récit inspiré. C'est comme si Dieu avait
dit : Après votre crime et maintenant que Joseph n'est plus au milieu
de vous, je ne prends plus intérêt à raconter ce qui vous concerne. Il en
est ainsi de la triste histoire de l'homme, et en particulier d'Israël
après le rejet du Sauveur. Mais, dans sa patience infinie, il n'a pas pour
autant oublié les objets de ses fidèles promesses. Il attend seulement le
moment favorable pour le rétablissement de leurs relations avec lui. Et ce
moment favorable c'est la famine. Si Dieu permet, même chez les
siens, des épreuves telles que les privations ou la maladie, c'est souvent
pour que Christ, le vrai Joseph, prenne ou reprenne toute sa place dans
leur vie. Ne pensons pas que le temps qui passe puisse effacer le moindre
péché ; chacun d'eux est toujours présent aux yeux du Seigneur, même
si nous l'avons oublié, et il faudra avoir affaire à Lui à ce sujet tôt ou
tard. « Nous sommes d'honnêtes gens » osent affirmer les
frères criminels alors qu'ils se présentent devant celui qui peut prouver
le contraire et les confondre rien qu'en révélant son nom. Mais le v.
21 montre qu'après trois jours et un nouvel entretien leur conscience
commence à parler.
L'intention de Joseph en parlant durement à ses frères n'est pas la
vengeance, nous le comprenons bien. Mais il connaît par expérience la
méchanceté de leur cœur et son but est de les amener à une vraie
repentance. Il va employer successivement pour cela la sévérité et la
bienveillance, les alarmes et les encouragements, les accusations et les
festins. Tout est dirigé avec la plus grande sagesse et nous montre par
comparaison comment le Seigneur agit quand il veut réveiller notre
conscience et notre cœur. Il est quelquefois nécessaire qu'il nous parle
« durement ». Les accusations formulées contre les frères de
Joseph sont injustes. Ils ne sont pas des espions. Mais ils sentent que
Dieu leur parle et se souviennent de leur péché commun, de leur propre
injustice à l'égard de leur frère. Il nous arrive de subir des
injustices. Au lieu de nous irriter ou de chercher à nous justifier,
demandons-nous plutôt ce que Dieu veut nous apprendre par ce pénible
moyen. Pour Jacob aussi, tout est dirigé pour son bien, quoiqu'il dise
au v. 36 : « toutes ces choses sont contre
moi ». Il devra apprendre que si Dieu est pour lui, rien ne
peut être contre lui et que toutes choses travaillent ensemble pour
le bien de ceux qui aiment Dieu (Rom. 8. 28, 31). C'est en effet de
cette manière que Dieu va lui rendre Joseph.
Les frères de Joseph sont pleins de crainte. Il faut qu'ils retournent vers
Joseph et s'expliquent au sujet de l'argent qu'ils ont retrouvé dans leurs
sacs. Comment vont-ils être reçus ? Ne restons pas loin du Seigneur
quand nous avons un poids sur notre conscience. Le v. 8 trace à tout
pécheur la marche à suivre : se lever, aller et vivre
(comp. Luc 15. 18). Les hommes ont pu décider leur père à
laisser Benjamin les accompagner et, enfin, se mettent en route emportant
avec eux un présent : le meilleur produit du pays (v. 11). Mais
le puissant Joseph, celui dont tous les greniers sont remplis, a-t-il
besoin de quoi que ce soit ? L'homme a toujours eu la prétention
d'apporter quelque chose à Dieu. Mais de Sa part tout est gratuit.
Il ne peut rien accepter, même ce que nous produisons de meilleur.
Miel, épices, pistaches, amandes, sont des produits de luxe, insuffisants
pour nourrir ceux qui n'ont plus de blé. Ce qu'il faut à nos cœurs, c'est
le blé céleste, la nourriture d'en haut qui seule peut apaiser la faim de
nos âmes. Le monde nous présentera quelques friandises, mais le Seigneur
Jésus, le vrai Joseph, pourra seul nous donner le blé du pays céleste, en
se présentant lui-même à nos cœurs.
Les frères de Joseph ont de la peine à mettre de côté leurs propres
ressources ! Il faut cependant qu'ils acceptent le fait que leur dette
a été payée. Nous pouvons être sûrs que les comptes du préposé de Joseph
étaient en ordre puisqu'il leur affirme : « votre argent m'est
parvenu » (v. 23). Le grand Joseph avait personnellement payé
pour ses frères. Notre dette aussi a été payée par Celui qui seul en
connaît l'importance. Toutefois, tant que le mal n'est pas jugé et
confessé, la joie de la communion ne peut être goûtée. Le repas pris
ensemble est l'image de cette communion qui implique une parfaite entente,
un partage, une conversation commune entre tous les participants. N'en
est-il pas ainsi à la Table du Seigneur où les croyants, tous ensemble,
pensent à ses souffrances ? Mais ici, à cause du péché qui élève une
barrière entre eux, Joseph mange à part et ses frères à part (v.
32). En lisant ces chapitres, nous remarquons combien de fois
Joseph pleure (ch. 42. 24 ; 43. 30 ; 45. 2,
14 ; 46. 29 ; 50. 1, 17 fin). Chose admirable,
ce n'est ni dans la fosse ni dans la prison qu'il pleure ! Non, ce
sont toujours les larmes de l'amour. Elles nous font penser à celles
du Seigneur Jésus (Jean 11. 35 ; Luc 19. 41).
Le filet se resserre autour des frères de Joseph. Des circonstances
Imprévisibles - mais dirigées par une main fidèle - les contraignent à
revenir sur leurs pas et à comparaître devant celui qui sait tout. A
présent leur conscience est atteinte. « Que dirons-nous... comment
nous justifierons-nous ? » (v. 16). Moralement, que de
chemin a été parcouru depuis le moment où ils se prétendaient d'honnêtes
gens ! (ch. 42. 11) Aussi la délivrance est-elle proche.
Comme toute l'histoire de Joseph, ces scènes ont une portée prophétique.
Israël, mis de côté à la suite du rejet de Christ, le vrai Joseph, sera
amené à reconnaître son crime et à voir dans le Nazaréen qu'il a méprisé et
crucifié, celui que Dieu a fait et Seigneur et Christ
(Act. 2. 36), son Messie et en même temps le Fils de
l'homme qui doit régner sur l'univers tout entier. Toutefois pour en
arriver à ce travail de conscience, il faudra d'abord qu'Israël, et
spécialement la tribu de Juda, traverse un temps de profondes épreuves
appelé la « grande tribulation » (Apoc. 7. 14). La
détresse des frères de Joseph jusqu'à ce qu'ils confessent leur crime
évoque l'angoisse qui sera la part du peuple juif avant de reconnaître et
d'honorer son Messie.
Le but de Joseph était de ramener la pensée de ses frères à plus de vingt
ans en arrière, au moment où, près de la citerne, ils étaient restés
insensibles à sa détresse quand il leur demandait grâce (ch. 42.
21), puis à la douleur de leur vieux père à qui ils avaient cruellement
annoncé sa mort. Et Joseph veut voir s'ils sont maintenant capables de
comprendre la souffrance d'un jeune frère et celle de leur père. Eh bien,
il a réussi à faire enfin vibrer leur cœur ! Il est touchant
d'entendre Juda parler de leur père âgé et du jeune frère, enfant de sa
vieillesse ! Quelles leçons nous apprenons là, nous aussi : nous
mettre à la place des autres pour comprendre leurs joies et surtout leurs
peines. Bien plus encore, entrer par le cœur dans les affections du Père
au sujet du Fils, dans sa douleur quand il a vu son Bien-aimé entre les
mains des hommes méchants et a entendu son cri sans pouvoir lui répondre.
Pénétrer enfin quelque peu dans les souffrances du Fils quand il portait le
poids de nos péchés devant la justice divine et que, dans la détresse
infinie de son âme, il traversait l'abandon de Dieu pour nous. Ne
sommes-nous pas souvent tristement insensibles à ces grands sujets dont
l'Esprit veut nous occuper ?
C'est ce moment qu'attendait Joseph depuis si longtemps. Quelle patience il
lui a fallu ! S'il s'était fait connaître trop tôt, ses frères
l'auraient honoré par contrainte, comme la gerbe de son songe, mais ils
seraient restés froids et craintifs. Les frères apprennent donc que le
gouverneur de l'Egypte, à qui appartient toute cette gloire, n'est autre
que celui qu'ils ont haï et rejeté. Non seulement il est vivant, mais
toutes choses lui sont assujetties (Héb. 2. 8). Et leurs agissements
criminels ont été précisément le moyen par lequel les songes se sont
accomplis. Quelle confusion peut remplir leur cœur en
constatant la noble grâce dont Joseph fait preuve ! Il ne s'est pas
vengé : il ne leur fait même pas à présent de reproche ; il ne
veut que leur bonheur ! Et son propre cœur, n'est-il pas
rempli de joie, une joie semblable à celle du Berger qui a trouvé la
brebis perdue ? Maintenant les frères sont chargés d'un heureux
message, d'une bonne nouvelle : aller vers leur père et raconter la
gloire de celui qui leur a pardonné. Telle est aussi notre mission, chers
rachetés du Seigneur : annoncer aux autres, en commençant par nos
proches, ce que nous avons trouvé en Jésus, et raconter à son Père
« toute sa gloire » dans les réunions de culte.
Rendre le bien pour le mal : c'est ce que fait Joseph avec ses frères.
C'est ce que le Seigneur nous enseigne (Matt. 5. 44), c'est enfin la
meilleure façon de gagner le cœur de quelqu'un. Les frères croyaient
apporter le meilleur de ce qu'ils avaient (ch. 43. 11) : un peu
de baume, un peu de miel... Mais maintenant ils peuvent en mesurer
l'insignifiance. Le Pharaon en personne leur promet le meilleur de
tout le pays et leur dit en même temps : « que vos yeux ne
regrettent pas vos meubles ! » (v. 20). La présence du
Seigneur et la jouissance de ses gloires sont devant nous. Ce que nous
pouvons abandonner pour lui des choses de la terre est sans valeur en
comparaison (Marc 10. 29, 30). Or nous avons une preuve que Jésus
est vivant, glorieux et qu'il nous attend au ciel : il nous a envoyé
le Saint Esprit, arrhes de notre héritage (Eph. 1. 14). Remarquons
en effet que Joseph ne donne pas seulement à ses frères un pays où ils vont
demeurer, mais aussi tout ce qu'il faut pour le chemin qui y conduit :
Des chariots ? Jésus nous a pris en charge. De la nourriture ? Sa
Parole est à nous. Des vêtements ? Christ peut et doit être vu sur
nous (Gal. 3. 27). Enfin l'exhortation de celui qui connaît si bien
ses frères : « ne vous querellez pas en chemin ! »
(v. 24). Nous est-elle moins nécessaire ?
L'amour de Joseph pour ses frères et la grandeur de son
pardon nous ont occupés davantage que ses gloires et que ses
richesses. Pour ceux d'entre nous qui vivent en famille avec des frères et
des sœurs n'est-ce pas l'occasion d'apprendre une leçon d'amour et de
support ? Mais l'amour de Joseph pour son père Jacob, ses
égards, ses prévenances, sa hâte de le voir, son empressement à se mettre à
sa disposition, sont aussi un modèle pour nous. Est-ce ainsi que nous
aimons et respectons nos parents ? La famille d'Israël se met en
route en passant par Beër-Shéba, le puits du serment ! Les
promesses y sont confirmées à Jacob par un Dieu fidèle. « Ne
crains pas de descendre en Egypte ! » lui dit-il (v.
3 ; comp. Es. 41. 14). Quel changement chez Jacob, jadis
conduit par sa volonté propre ! Maintenant il craint de faire un pas
sans Dieu ! Aussi Dieu l'encourage-t-il en lui promettant de descendre
avec lui. Le Seigneur peut-il toujours nous accompagner partout où nous
allons ? Puis c'est la rencontre émouvante avec le fils bien-aimé
qui a tout préparé avec dévouement pour le bonheur des siens. « Je
vais vous préparer une place - a promis le Seigneur Jésus - afin que là où
moi je suis, vous, vous soyez aussi » (Jean 14. 3).
Le grand Joseph aurait pu avoir honte de cette famille de simples bergers
venus quémander du blé parce qu'ils avaient faim, de ces étrangers suspects
d'être des espions et des voleurs. Ce serait mal le connaître ! Il les
reconnaît devant tous comme ses frères. Et pour le Pharaon, il suffit
qu'ils soient les frères de Joseph pour que la gloire du sauveur de
l'Egypte rejaillisse sur eux. Sous cet aspect encore, nous retrouvons
Jésus. Il n'a pas honte de nous appeler ses frères (Héb. 2.
11). Et c'est à cause de lui que Dieu nous accueille avec faveur, nous
qui sommes rendus agréables dans le Bien-aimé (Eph. 1. 6).
Joseph présente son père Jacob au Pharaon. Scène touchante et pleine de
beauté ! Un pauvre vieillard courbé sur son bâton bénit le puissant
monarque. Des deux, selon l'appréciation divine, c'est l'homme de Dieu qui
est le plus excellent (Héb. 7. 7). Alors que les hommes sont
souvent d'autant plus distants qu'ils sont haut placés, la gloire de Joseph
n'atténue en rien sa tendre sollicitude envers les siens et leurs familles.
Les ressources qu'il distribue sont mesurées « selon le nombre des
enfants ». Figure admirable de notre relation avec Christ et de tout
ce qui en découle ! Dès ici-bas la meilleure part nous est acquise
(v. 11). Notre foi peut manquer, mais jamais sa fidèle grâce.
L'accomplissement du songe du Pharaon était inséparable de la personne de
Joseph. L'abondance, puis la famine l'ont fait reconnaître comme le soutien
de la vie, le sauveur du monde (v. 25) Christ est le centre
des prophéties. Bientôt il aura la domination universelle. Toutes les
familles des nations se prosterneront devant lui (Ps. 22. 27). Mais
pour lui appartenir et lui rendre hommage, les croyants n'attendent pas ce
moment. Jésus accomplit un travail en eux. Il commence par rassasier ceux
dont l'âme a des besoins (Ps. 107. 9). Puis, comme Joseph avec les
Egyptiens, il fait en sorte que, peu à peu, tout se trouve soumis à Dieu.
Réaliser ses droits sur « nos jours, nos biens, nos corps, nos
cœurs », tel est le secret d'une entière délivrance. Le Seigneur ne
se contente pas de tel ou tel sacrifice de notre part. Il nous réclame tout
entier en vertu des droits qu'il s'est acquis sur nous. Il nous a achetés à
grand prix pour Dieu (1 Cor. 6. 19, 20). Nous ne nous appartenons
plus à nous-mêmes, mais nous sommes devenus les heureux esclaves de Dieu et
du Seigneur Jésus Christ (comp. Jacq. 1. 1) avec toutes les
conséquences que cela entraîne ; dorénavant nous dépendons entièrement
de lui, non seulement pour être pourvus de tout, mais aussi pour qu'il y
ait du fruit à sa gloire dans notre vie.
La longue vie de Jacob est sur le point de se terminer. Il a reconnu devant
le Pharaon que ses jours avaient été courts et mauvais (ch. 47. 9).
Il a passé par de pénibles expériences et, par sa faute, perdu bien des
années. Sa carrière n'a pas atteint le niveau de celles d'Abraham ou
d'Isaac. Pourquoi, tandis que nous ne savons rien des derniers moments de
ces deux patriarches, la fin de Jacob nous est-elle si longuement
racontée ? Précisément parce que cette fin triomphante souligne et
glorifie la grâce de Dieu envers cet homme : elle est le couronnement
de Son patient travail de discipline et il était nécessaire que nous
puissions en admirer le fruit. Jacob revoit le chemin de sa vie et il en
évoque les étapes : Luz, autrement dit Béthel, où Dieu s'est
fait connaître à Lui ; Ephrath et la mort de Rachel...
Considérons nous aussi le chemin parcouru. Tous nos regards en arrière
feront ressortir la miséricorde de Celui qui, avec le même amour,
nous a dirigés, supportés, réprimandés, consolés. Maintenant Jacob se
prosterne sur le chevet du lit (ch. 47. 31) ou, comme le traduit
Héb. 11. 21, adore, appuyé sur le bout de son bâton de
pèlerin. Sans attendre notre dernier jour, que telle soit notre réponse à
l'amour du Seigneur Jésus !
« Par la foi Jacob mourant bénit chacun des fils de Joseph... »
(Héb. 11. 21). En attribuant au plus jeune la bénédiction de l'aîné
et inversement, sa pensée doit se reporter à la triste scène du ch.
27. Il est aveugle maintenant, comme l'était alors Isaac. Mais il sait
discerner la pensée de Dieu. On a remarqué que Jacob n'a jamais si bien
marché que quand il est devenu boiteux et n'a jamais « vu » si
clair que quand il a été aveugle. Il invoque « le Dieu qui a été son
berger... jusqu'à ce jour ». Il connaissait par expérience les
activités et les peines d'un berger (ch. 31. 38 à 40). A présent, il
prend la place de la brebis et mesure les soins patients dont il a été
l'objet de la part de son Berger. Comme Jacob, David a fait son
apprentissage « auprès du menu bétail » (1 Sam. 17. 34).
Plus tard il a été appelé à paître Israël (2 Sam. 7. 7, 8). Et
pourtant c'est lui qui a composé le Ps. 23 : « L'Eternel
est mon berger ». Chacun de nous connaît le doux nom par lequel
le Seigneur Jésus se désigne : « moi, je suis le bon
Berger » (Jean 10. 11, 14). Nom qu'il a justifié en donnant
sa vie pour ses chères brebis, puis en prenant soin d'elles et en les
conduisant comme Dieu a pris soin de Jacob, même à son insu, pendant toute
sa vie. Mais chacun de nous peut-il dire comme Jacob et comme David :
il est mon Berger ?
Nous nous trouvons à nouveau devant un chapitre à caractère prophétique.
Dans ces dernières paroles de Jacob à ses fils, toute l'histoire du peuple
d'Israël se trouve comme tracée d'avance et résumée. Sous les juges et les
rois, il s'est corrompu tel Ruben (ch. 35. 22) ; il a
abandonné l'Eternel pour les idoles. Puis, comme en Siméon et
Lévi au ch. 34, la violence s'est manifestée dans le rejet
des prophètes et du Messie lui-même, provoquant la dispersion du peuple
juif parmi les nations. Christ est représenté par Juda, tribu qui
est la sienne par la naissance. A Lui est le sceptre du royaume et la
domination. Nous retrouvons ensuite Israël dispersé sous le jugement de
Dieu, dans l'activité commerciale et en même temps sous la servitude des
nations. C'est la période actuelle personnifiée par Zabulon et
Issacar. Quant à Dan, il représente l'Antichrist, personnage
juif qui dans un proche avenir sera reçu par Israël comme son Messie.
« Un serpent sur le chemin », c'est la figure des puissances
sataniques qui agiront alors sans retenue. Devant cette perspective
effrayante le résidu fidèle ne pourra plus compter que sur la délivrance
d'en haut : « J'ai attendu ton salut, ô Eternel ! »
(v. 18). Cette attente est le leitmotiv des Ps. 130 et 131.
Et nous, attendons-nous le Seigneur ?
Quand l'Eglise aura été enlevée, « l'heure de l'épreuve » viendra
« sur la terre habitée tout entière » (Apoc. 3. 10). Le
résidu croyant d'Israël traversera cette tribulation terrible. Nous pouvons
le reconnaître dans les paroles adressées par Jacob à Gad.
Benjamin nous parle du Roi (Christ) inaugurant son règne après la
destruction de ses ennemis, tandis qu'Aser et Nephthali
représentent le peuple enfin béni par l'établissement du
royaume. Tout en sachant qu'il ne sera plus à ce moment-là sur la
terre, l'enfant de Dieu s'intéresse à ces sujets et se réjouit en pensant
que le vrai Joseph, Christ, qui a été haï et rejeté, aura le pouvoir
suprême et sera en bénédiction au monde entier. « Joseph est une
branche qui porte du fruit... ; ses rameaux poussent par dessus la
muraille » (v. 22), au-delà des limites d'Israël, La
bénédiction s'étendra aux nations, étrangères aux promesses. Jésus, le vrai
Joseph, a été « mis à part de ses frères » (littéralement
nazaréen). Jadis « provoqué amèrement » et
« haï » (v. 23), Dieu l'a maintenant « haut élevé et
lui a donné un nom au-dessus de tout nom... » (Phil. 2. 9, 10).
Ce nom à part de tous les autres, ce nom de Jésus : Dieu Sauveur,
est-il grand dès à présent pour votre cœur et pour le mien ?
La Genèse contient tous les grands événements affectant la famille
humaine : naissance, mariage, perte d'une épouse, d'une mère, d'un
père... et nous montre la foi en activité pour les traverser. La fin
de Jacob est de toute beauté. Le bon pays de Goshen où il a passé les
dix-sept dernières années de sa vie ne lui a pas fait oublier celui de
Canaan ni les promesses que l'Eternel lui a faites à Beër-Shéba (ch. 46.
4). Et il a montré à ses fils le prix qu'il y attachait en leur donnant
des ordres formels pour sa sépulture. Il doit reposer dans cette caverne de
Macpéla, où les membres de la famille de la foi attendent le jour de la
résurrection. Le prix a été payé autrefois pour lui en assurer le droit.
Une grande solennité est donnée aux funérailles du patriarche. D'une
manière générale dans l'Ancien Testament, nous voyons l'ensevelissement
d'un homme correspondre à sa fidélité. La sépulture de Jéhoïada et celle du
roi Ezéchias honorèrent aussi leur piété (2. Chr. 24. 16 ; 32.
33). Aujourd'hui, quand un croyant quitte ce monde, cela ne donne pas
lieu à de grandes cérémonies. La mort pour l'enfant de Dieu a perdu son
terrible pouvoir ; elle est assimilée à un simple sommeil qui prendra
fin par la résurrection (1 Thess. 4. 13, 14). Mais si la mort a
perdu son aiguillon, n'oublions jamais ce qu'il en a coûté à son Vainqueur.
Un chagrin était encore réservé à Joseph après la mort de son père. Ses
frères doutent de son amour. Ils pensent que, Jacob disparu, il va
maintenant se venger. Avec quelle tendresse il les rassure, leur explique
la pensée de Dieu et leur confirme sa promesse de les prendre en charge
avec leurs petits enfants ! Beaucoup de chrétiens ressemblent à ces
frères de Joseph. Ils n'osent pas croire qu'ils sont pleinement pardonnés
(1 Jean 4. 18). D'une manière générale, ne nous arrive-t-il pas de
mettre en doute l'amour du Seigneur, dont il nous a pourtant donné tant de
preuves ? Son cœur est infiniment sensible à ce manque de confiance.
C'est comme s'il nous disait alors : « je suis depuis si
longtemps avec vous, et tu ne m'as pas connu... ? » (Jean 14.
9). En terminant la Genèse, nous constatons que presque tous les
mystères de Dieu s'y trouvent esquissés. Mais avant que le livre ne
s'achève, nous entendons encore le certainement de la foi (v.
24). « Dieu vous visitera certainement » sont les derniers
mots de Joseph à ses frères, le seul de tous ses actes qui nous soit
rapporté en Héb. 11. 22. Tout en étant encore au milieu de
l'abondance et du bien-être de l'Egypte, il envisage le départ de ses
frères et le transfert de ses os en Canaan. Imitons la foi de Joseph !
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