Les épîtres de l’apôtre Paul

Les treize épîtres qui portent le nom de l’apôtre Paul constituent une grande partie du Nouveau Testament. Certaines d’entre elles sont difficiles à comprendre, comme l’écrit l’apôtre Pierre (2 Pierre 3. 16). Mais elles sont indispensables à chaque croyant qui souhaite acquérir une connaissance approfondie des vérités chrétiennes. L’épître aux Romains présente l’évangile pur et complet de Dieu pour tous ; l’épître aux Philippiens, la joie en suivant le Seigneur Jésus ; l’épître aux Ephésiens, les pensées de Dieu quant à son Assemblée ; la première épître aux Corinthiens, l’ordre intérieur de cette Assemblée, et la première épître à Timothée, l’ordre extérieur ; les épîtres aux Thessaloniciens enfin, l’espérance vivante et l’avenir des chrétiens. Plusieurs autres sujets importants sont encore traités dans les épîtres.

L’auteur de ces lettres, l’apôtre Paul, s’appelait à l’origine Saul. Juif instruit, issu de la tribu de Benjamin (Philippiens 3. 5), ce serviteur était originaire de Tarse de Cilicie (Asie mineure). Il avait étudié la loi judaïque avec le rabbin Gamaliel, selon les normes les plus strictes des pharisiens (Actes 22. 3 ; 26. 5). Comme jeune homme déjà, Paul surpassait par ses connaissances tous ceux de son âge (Galates 1. 14). En même temps, le futur apôtre persécutait avec un zèle fanatique les chrétiens, dont le nombre augmentait constamment à cette époque. Partout où il le pouvait, Saul poursuivait les fidèles avec l’assentiment des autorités juives. Par la suite, dans ses épîtres, l’apôtre évoque, plus d’une fois, avec grande tristesse, cette période qui a précédé sa conversion (1 Corinthiens 15. 9 ; Galates 1. 13 ; 1 Timothée 1. 13).

Au cours d’un voyage à Damas se produisit l’événement décisif pour la suite de la vie de Saul : sa rencontre avec le Seigneur Jésus (Actes 9). Déjà mis à part dès le ventre de sa mère, Saul se convertit à Dieu, qui maintenant l’appelait à annoncer Son Fils parmi les nations païennes. C’est ainsi que Paul (le nom qui lui fut donné plus tard ; Actes 13. 9) devint l’apôtre des nations (Galates 2. 7, 8 ; Romains 11. 13 ; 15. 16).

Inscription de Gallion trouvée à Delphes

Il commença par annoncer dans les synagogues juives à Damas que Jésus était le Fils de Dieu. Les Juifs menaçant de le mettre à mort, il s’enfuit en Arabie. Nous ne savons rien des trois années qu’il passa là ; mais nous pouvons penser que dans cette retraite, Dieu prépara le futur apôtre pour ses tâches à venir. Ensuite Saul monta à Jérusalem (Actes 9. 26-28 ; Galates 1. 18).

Il fut d’abord rejeté par les chrétiens qui vivaient dans cette ville. Plus tard, les Juifs cherchèrent à le tuer et il dut fuir dans sa ville natale de Tarse (Actes 9. 26-30). Barnabas vint le chercher après quelque temps pour le conduire à Antioche, en Syrie, où s’était constituée la première grande assemblée de croyants d’entre les nations. Tous deux servirent le Seigneur dans cette ville pendant une certaine période (Actes 11. 25, 26).

Depuis Antioche, Barnabas et Saul partirent pour leur premier voyage missionnaire à Chypre et en Asie mineure (vers 46-49 apr. J.C.). Selon Actes 13 et 14, les étapes de ce voyage furent : Salamine, Paphos, Perge (où leur jeune compagnon Jean-Marc les quitta pour retourner à Jérusalem), Antioche de Pisidie, Iconium, Lystre et Derbe. Sur le chemin de retour, Paul (c’est le nom qu’il avait pris entre-temps) et Barnabas passèrent à nouveau par presque tous ces endroits, avant de regagner Antioche par Attalie.

Après une deuxième visite à Jérusalem à l’occasion de ce que l’on a appelé le "concile apostolique" (en l’an 50 environ ; comp. Actes 15 et Galates 2. 1-10), Paul entreprit, en partant d’Antioche, un deuxième voyage missionnaire (env. 51-54), accompagné cette fois par Silas. A cause de son neveu Jean-Marc, Barnabas s’était séparé de Paul. Pour la première fois, l’apôtre aborda l’Europe. D’abord il visita une nouvelle fois Derbe, puis Lystre, où il rencontra Timothée, un jeune croyant qu’il prit avec lui. Traversant la Phrygie, la Galatie et la Troade (où Luc se joignit à eux), ils arrivèrent à Philippes, leur première halte en Europe. Ils y laissèrent Luc. Paul continua : il passa par Amphipolis, Apollonie, Thessalonique, Bérée et Athènes, pour arriver à Corinthe. Il séjourna dix-huit mois dans cette ville et écrivit, depuis ce lieu, les deux épîtres aux Thessaloniciens (env. 52), dans lesquelles il traite en détail les questions que se posaient ces croyants sur l’espérance chrétienne. — Certains chercheurs soutiennent que l’épître aux Galates aurait aussi été écrite à cette époque. — De Corinthe, après son embarquement à Cenchrée, une ville portuaire, Paul rejoignit par bateau Ephèse, puis Césarée et Antioche.

Peu après, l’apôtre repartit pour son troisième voyage missionnaire (env. 54-58 ; voir Actes 18. 23 à 19. 14). En Asie mineure, Paul traversa la Galatie et la Phrygie puis parvint à Ephèse, où il resta trois ans (Actes 20. 31). Vers la fin de son séjour, c’est-à-dire au printemps 57, le cœur lourd, Paul écrivit la première épître aux Corinthiens (1 Corinthiens 16. 8). Cette lettre fut probablement apportée par Timothée (1 Corinthiens 4. 17 ; 16. 10). Peut-être aussi, Timothée ne vint-il que plus tard dans cette ville (Actes 19. 22). — Il n’est pas impossible que Paul ait écrit l’épître aux Galates d’Ephèse également.

En fait, Paul se proposait d’aller lui-même le plus tôt possible à Corinthe (1 Corinthiens 16. 5, 6 ; 2 Corinthiens 1. 15). Mais sans doute à cause de la triste situation qui y régnait, il renonça à cette visite (2 Corinthiens 1. 15 ; 2. 1), préférant envoyer Tite.

Paul finit pourtant par quitter Ephèse (peut-être à cause du soulèvement décrit en Actes 19. 22-41). Il annonça d’abord l’évangile en Troade (2 Corinthiens 2. 12). Mais n’ayant pas de repos dans son esprit, l’apôtre partit pour la Macédoine (Actes 20. 1 ; 2 Corinthiens 2. 13). Il y rencontra Tite, arrivant de Corinthe (2 Corinthiens 7. 5, 6). De Macédoine, en 57 toujours, Paul écrivit sa seconde épître aux Corinthiens (2 Corinthiens 9. 2-4), qu’il fit vraisemblablement porter par Tite (2 Corinthiens 8. 16-18). Dans les Actes, il n’est parlé que d’une seule visite en Macédoine et en Grèce (Actes 20. 1-3), au cours de laquelle Paul serait aussi allé à Corinthe, d’où il écrivit l’épître aux Romains (57/58 apr. J.C.). Dans cette lettre, il mentionne effectivement que des collectes avaient été faites en Macédoine et en Achaïe pour les croyants de Judée. L’apôtre se proposait de porter le produit de ces dons à Jérusalem (Romains 15. 25-28). Ces indications concordent avec celles présentées dans les épîtres aux Corinthiens. La mention de la sœur Phoebé (Romains 16. 1, 2) qui se trouvait à Cenchrée, le port de Corinthe, et la désignation de Gaïus (Romains 16. 23 : comp. 1 Corinthiens 1. 14) conduisent à penser que Paul écrivit l’épître aux Romains depuis Corinthe, peu avant de se rendre à Jérusalem. Son voyage de Grèce à Jérusalem est décrit en détail dans les chapitres 20 et 21 des Actes.

Peu après son arrivée à Jérusalem, Paul fut pris à partie par des Juifs hostiles à son ministère. L’apôtre aurait succombé à leur colère, si les autorités romaines occupantes n’étaient pas intervenues avec force pour le mettre à l’abri. En raison des fausses accusations de ses compatriotes juifs, Paul resta prisonnier, d’abord à Jérusalem, puis deux ans à Césarée. En 60, lorsque le gouverneur Félix céda sa place à Porcius Festus, une nouvelle comparution eut lieu, au cours de laquelle Paul, en tant que citoyen romain, fit appel à l’empereur (Actes 25. 11, 12 ; 26. 32). Il fut alors envoyé à Rome. Selon la fin du livre des Actes, après un voyage périlleux par mer, l’apôtre jouit, malgré sa captivité dans cette ville, d’une liberté relativement grande (env. 61-63 ; Actes 27. 28). A la même époque, Paul écrivit les épîtres dites de la captivité, aux Ephésiens, aux Colossiens et à Philémon, qui furent toutes vraisemblablement portées par Tychique (Ephésiens 6. 21 ; Colossiens 4. 7). Vers la fin de sa détention, Paul rédigea encore l’épître aux Philippiens, dans laquelle il exprime son espérance d’être bientôt libéré (Philippiens 1. 25, 26 ; 2. 24 ; comp. aussi Philémon 22). — Les érudits contemporains s’occupant de la critique biblique affirment, d’une manière assez générale, que toutes ces épîtres auraient été envoyées depuis Ephèse (ou depuis Césarée, selon certains chercheurs).

Asie Mineure au temps du Nouveau Testament

Dans ces lettres, Paul se nomme lui-même un prisonnier pour Christ. En effet, l’apôtre était emprisonné parce qu’il avait annoncé aux nations (aux païens) l’évangile de la grâce de Dieu en Christ. Par sa portée universelle, ce message proclame que les nations, autrefois éloignées de Dieu, et les Juifs, qui constituaient jusqu’alors le peuple de Dieu, se trouvent dans le même état de péché et de perdition ; mais que, par la foi à l’évangile, ils possèdent les uns et les autres dans le Christ Jésus les mêmes privilèges, comme enfants de Dieu et membres du seul corps de Christ, l’Assemblée du Dieu vivant.

Le Nouveau Testament ne donne aucune indication sur la suite de la vie de Paul, à part les communications contenues dans les épîtres pastorales. La fin du livre des Actes permet néanmoins de supposer que Paul a été libéré, après les deux années de captivité à Rome. A la suite de son emprisonnement, en 63/64 environ, l’apôtre écrivit la première épître à Timothée et l’épître à Tite, dans lesquelles il ne fait aucune allusion à un état de captivité, mais mentionne plutôt divers projets de voyage. Il visita l’assemblée à Ephèse, ville dans laquelle il laissa Timothée (1 Timothée 1. 3), puis se rendit en Macédoine. A cette époque, l’apôtre informa par lettre Tite, un autre compagnon d’œuvre, de son intention de passer l’hiver à Nicopolis (Tite 3. 12). Paul passa encore une fois à Troas et peut-être à Ephèse (2 Timothée 4. 12 ; 1 Timothée 3. 14). Depuis cette dernière ville, son chemin le mena par Milet et Corinthe (2 Timothée 4. 20) à sa deuxième captivité, dont les circonstances nous sont peu connues. Une nouvelle fois conduit à Rome, l’apôtre fut finalement condamné à mort. Abandonné par plusieurs, mais fortifié par son Seigneur, Paul écrivit, au cours de ce deuxième emprisonnement, un dernier témoignage inspiré, sa seconde épître à Timothée (automne 66/67).

Quand bien même les Pères de l’Eglise ont apporté divers témoignages relativement aux épîtres de Paul, la plus importante attestation parvenue jusqu’à nous est sans doute celle du papyrus 46. Ce papyrus-codex, incomplètement conservé, date de 200 apr. J.C. environ. Il s’arrête malheureusement à la première épître aux Thessaloniciens. Outre l’épître aux Hébreux, il contient néanmoins huit lettres de Paul, dans l’ordre suivant : Romains (à partir du chapitre 5. 17), Hébreux 1 et 2 Corinthiens, Ephésiens, Galates, Philippiens, Colossiens, 1 Thessaloniciens.

Tableau chronologique de la vie de l’apôtre Paul

Conversion de Paul env. 36 ( ?)
Premier voyage missionnaire env. 46 – 49
"Concile apostolique" env. 50
Deuxième voyage missionnaire env. 51 – 54
Première épître aux Thessaloniciens env. 52
Seconde épître aux Thessaloniciens env. 52
(Epître aux Galates ?) env. 52
Troisième voyage missionnaire env. 54 – 58
Première épître aux Corinthiens env. 57
Seconde épître aux Corinthiens env. 57
(Epître aux Galates ?) env. 57/58
Epître aux Romains env. 58
Arrestation à Jérusalem env. 58
Captivité à Césarée env. 58 – 60
Voyage à Rome env. 60/61
Captivité à Rome env. 61 – 63
Epître aux Ephésiens env. 61/62
Epître aux Colossiens env. 61/62
Epître à Philémon env. 61/62
Epître aux Philippiens env. 63
Libération de Paul env. 63
Première épître à Timothée env. 63/64
Epître à Tite env. 63/64
Seconde captivité à Rome env. 66 – 67
Seconde épître à Timothée env. 66/67
Mort de Paul env. 67 ( ?)


- Extrait de "Vue d'ensemble du Nouveau Testament" -



 
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